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LA. SOCIETE ET LES MŒURS ALLEMANDES
apprendre, tant de rayons de beauté et d’humanité à noustransmettre, et qui trouvèrent dans la cellule des moineschrétiens un asile contre la destruction que leur aurait faitsubir la barbarie du moyen âge.
Avec le latin, les religieux enseignaient aussi l’allemand,qui seul leur donnait action sur le peuple. On fit, pour l’en-seignement élémentaire, des grammaires dans les deux lan-gues, mais on se servit exclusivement de l’allemande pourles formules oratoires et liturgiques du baptême, de la con-fession, de la prière et du sermon. Les vocabulaires, quidatent du huitième siècle, peuvent être compris parmi lesanciens monuments de notre langue. Au reste, le clergé nes’en tint pas là. Quoique la poésie, depuis Boniface, fûtbannie de l’Église, il ne cessa de la cultiver, ainsi quele prouve un capitulaire de 789, qui défend aux religieusesd’écrire et de se communiquer des chants d’amour et deschansons à boire. Les moines, voulant répondre aux re-grets que laissaient dans la mémoire du peuple les ancienschants de héros e£ de dieux, inventèrent une poésie chré-tienne allemande qui eut pour thème le mythe religieux etqui effaça, pendant trois siècles (du neuvième an douzième),la légende des héros germaniques. Cette poésie religieusene fut d’abord que la traduction des hymnes et des psaumeslatins, mais bientôt nous la voyons devenir originale dansla Chanson de Louis, faite par un religieux (Hukbald ?) àl’occasion de la victoire remportée par Louis III sur lesNormands, et surtout dans 1 ’Héliand (sauveur), grande etbelle poésie que Louis le Débonnaire fit composer par unSaxon dont le nom nous est inconnu. Ce poème raconte,d’après les quatre Évangiles, la vie de Jésus dans un récità la fois simple et épique, éminemment populaire et sanstraces d’exaltation religieuse. On est frappé de l’habileté in-génieuse avec laquelle le vieux conteur a transformé le