64
La société et les mœurs allemandes
dignité ducale qu’il avait supprimée et en accordant l’héré-dité aux ducs et aux marquis ou margraves (gardiens deMarches ou frontières). C’est de là que sortit la haute aris-tocratie qui lit bientôt sentir son pouvoir aux souverains.Charles le Gros, après la mort de ses frères, avait réuni dansses mains presque tout l’héritage de son aïeul; mais il donnade telles preuves de faiblesse et d'incapacité que les grandsde l’empire réunis en diète à Tribur, près du Rhin, le dé-posèrent et mirent à sa place Arnoul, duc de Carinthie.Avec le fils de ce dernier, Louis l’Enfant, s’éteignit en Alle-magne la famille des Carlovingiens (911) et peu après elledisparut même de France avec Louis le Fainéant. Tandisque la féodalité française conférait le titre de roi à HuguesCapet, préparant ainsi l’unité et la centralisation politique,l’Allemagne suivait une autre voie. La haute aristocratie dece pays était déjà assez puissante pour faire triompher leparticularisme. Mais comme elle sentait le besoin d’un sou-verain qui fût le chef de cette république féodale, elle créal’empire électif et en plaça la couronne, après l’extinctiondes Carlovingiens, sur la tète de Conrad de Franeonie.Celui-ci la lit respecter et lutta énergiquement contre lesusurpations des grands; deux comtes allemands, Erchan-ger et Berchtold payèrent de leur vie la tentative qu’ilsavaient faite de convertir leur titre de chambellan en di-gnité ducale héréditaire (1).
Malgré sa prudence et ses vertus, Conrad fut impuissant
(l) Puisque l’histoire, en racontant l’aventure de ces deux frères,a cité leurs prénoms, nous en prenons occasion d’expliquer com-ment vint la coutume de désigner les individus par des noms per-sonnels. Au commencement du moyen âge des surnoms furent don-nés en Allemagne, aux gens de condition, d’après leurs qualitésphysique? ou morales; aux gens du peuple, d’après la professionou l’état qu’ils exerçaient. Puis la haute noblesse prit des noms deterre, et son exemple fut imité par tous les seigneurs féodaux.Quant aux bourgeois et aux paysans, ils n’adoptèrent des noms defamille que vers le quatorzième siècle.