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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
laïque de donner l’investiture des biens ou dignités ecclé-siastiques et proscrivit absolument les mariages des prêtres.L’autorité et l’infaillibilité du souverain pontife furent pla-cées au-dessus même des décisions des conciles et défen-dues au moyen de l’excommunication et de l’interdiction,armes redoutables qui écrasaient ceux qu’elles frappaient etinspiraient l’épouvante aux populations de tout un pays,Respectée en Italie et redoutée au dehors, la papauté entraen lutte avec l’empire sous Henri IV. La scène de Canossaoù l’empereur implora son pardon, la tête et les pieds nusdevant ce moine romain de basse extraction atteste assezla défaite de la monarchie, scène humiliante pour l’orgueilallemand, mais qui marque d’une façon sublime le triom-phe de l’esprit sur la matière. Il est vrai qu’Henri se vengeaplus tard, mais la malédiction pontificale poursuivit soncadavre jusqu’au delà du tombeau. S’il parvint à reprendrequelques droits, la suprématie du saint-siège n’en fut pasmoins établie et c’est en vain qu’on essaya ensuite de l’a-battre. A partir de ce moment, il futreconnu que l’empereurn’était que le vassal de l’Église et qu’il ne pourrait plusexercer sur elle la souveraineté que Charlemagne et Othon I"avaient eue en leurs mains. Les six archevêques allemandset les évêques au nombre detrente-cinq, liés par leur sermentde fidélité au pape, et surveillés d’ailleurs par les légats quiavaient plein pouvoir sur les affaires ecclésiastiques, oubliè-rent bien vite leur devoir de grands dignitaires de l’empirepour ne plus se rappeler que la soumission qu’ils devaientau saint-siège.
D’un autre côté, la réforme des monastères, qui s’étenditdu couvent bourguignon de Cluny sur toute l’Allemagne,allait fournir une armée active au pape, dont les armesspirituelles avaient déjà plus de force que les lances et lesépées impériales. L’ordre de Citeaux, celui des Prémon-trés, celui des Chartreux, récemment fondés, fournirentchacun leur contingent, mais les plus vaillants soldats de