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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

La période salique franconienne ne fut pas une ère deprogrès; on se contenta de conserver ce qui avait été ac-quis sous les Othon. Il y eut pourtant quelques traductionsdues à des moines, celle du livre de la Consolation de Boèceet celle de ÏOrgamm d’Aristote. L’histoire continua d’êtreécrite en latin par le docte moine comte Hermann de Vc-ringen, mort en 1054, et par Lambert d’Aschaffembourg,mort en 1077, dont les annales ont longtemps fourni lesmatériaux à l'histoire d’Henri IV, quoiqu’elles fussentl’œuvre d’un rhéteur sans bonne foi ni critique. FrédéricBarberousse fut présenté comme un héros idéal dans labiographie composée par son parent, l’évêque Othon deFreysingen, mort en 1158. 11 ne sortit d’ailleurs aucuneœuvre originale des monastères du dixième au douzièmesiècle ; on y négligeait la poésie nationale pour l’intriguepolitique ou amoureuse, lâchasse et les plaisirs de la table.

Ce fut sous les Hohenstaufen (1134-1254) que la littéra-ture reçut une vigoureuse impulsion et que brilla la civili-sation du moyen âge allemand. Partie du modeste bourgde Weschenbeuern, dont le voyageur peut encore voir lesmurs, cette famille, qui portait le nom de Büren, pritbientôt celui de la montagne de Hohenstaufen, sur laquelleelle était venue résider. Le premier d’entre eux que nousrencontrons dans l’histoire était duc de Souabe et gendred’Henri IV. Son fils, Conrad, élu roi d’Allemagne à la diètede Coblentz (1138), est le fondateur de la dynastie qui s’é-teindra, avec Conrad, sur l’échafaud à Naples en 1268. Unde ces princes, Barberousse, a laissé dans le cœur du peupleallemand un souvenir de héros mystique semblable à Char-lemagne, et qui doit se réveiller un jour pour rendre ànotre patrie son antique splendeur. Il est vrai qu’il se mon-tra supérieur à son temps, aimant les arts et protégeant lessciences, porté par inclination vers la vivacité mobile desméridionaux, philosophe hardi, aimable jusque dans sesfaiblesses et grand dans le malheur.