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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
tiques, il n’avait rien de la recherche excentrique qui mar-que aujourd’hui la toilette des femmes. Il y avait beautemps qu’était passée la simplicité décrite par Tacite, et ilns restait du vêtement primitif que la tunique et le man-teau.
Les progrès du commerce du onzième et du treizièmesiècle, les relations avec l’Espagne et l’Italie, Bysance,l’Ouest et le Nord avaient inspiré aux Allemands le goûtdes belles choses et du bien-être intérieur comme il arriveà tout peuple qui passe de la liberté sauvage à la civilisa-tion.
Les vêtements étaient en toile dont la plus estimée était fa-briquée à Bysance, ou en étoffes de laine de nuances variées.On y employait aussi les tissus de soie souvent brochés defil d’or ou d’argent, et les fourrures telles que l’hermine, lamartre, le castor, la zibeline. Les bijoux de métal précieuxet les pierreries ornaient les mains et les bras des dameset les armes des chevaliers. Les deux sexes épuisaient dansleur toilette toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ; pour plusde variété, les hommes avaient souvent une manche bleue,l’autre verte, une partie du haut-de-chausses jaune et l’autrerouge, On ne laissait pas au hasard le choix et l’arrange-ment des nuances, mais on le disposait de manière à luifaire rendre les sentiments intérieurs, attention délicate qu’atrop effacée la monotonie insignifiante des modes actuelles.Alors, du moins, les couleurs avaient un langage et par-laient d’amour; le vert exprimait une tendresse naissante,le blanc l’espoir d’être accueilli favorablement, le rouge lapassion ou le désir cordial de la gloire et des honneurs,le bleu une fidélité inaltérable, le jaune l’amour heureux,le noir deuil et chagrin.
L’habit d’un amant disait ainsi où en était sa passion. Ily avait pourtant de l'excès en ce genre et le grand prédica-teur Berchtold avait raison de s’écrier du haut de la chaire :« Il ne vous suffit pas que Dieu vous ait laissé le choix des