LA CHEVALERIE A LA COUR
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gneur pour lui verser à boire et lui passer les plats. Quandvenait l’heure de se mettre au lit, on l’accompagnait danssa chambre pour veiller à ce qu’il ne manquât de rien. Ilparait même qu’on poussait les devoirs de l’hospitalitéjusqu’à l’excès où tombent encore certaines peuplades bar-bares: on confiait la femme ou la fille de la maison pendantla nuit à la bonne foi de l’hôte. Il est vrai que cet usagedisparut de bonne heure en Allemagne, mais il se conservadans certaines contrées, si nous en croyons un écrivain dutemps de la Réforme, Murner, qui raconte que : « dans lesPays-Bas il est d’usage quand le chef de famille reçoit unhôte aimable, qu’il lui confie à coucher sur sa bonne foi sapropre femme. » Sans nous arrêter à ces pratiques gros-sières, nous en prendrons occasion de parler de l’amour etdu culte de la femme au temps de la chevalerie.
La sévérité des mœurs germaniques, telle que l’a décriteTacite, avait depuis longtemps fait place à des usages deconvention et à la frivolité. La jeune fille était placée sousla tutelle sévère de son père ou de son plus proche parentqui disposait de sa main souvent sans la consulter. Ellen’avait pas le droit de témoigner sa préférence et les ma-riages d’inclination étaient alors plus rares que de nosjours. Dans l’année qui suivait les fiançailles, on devaitcélébrer le mariage. La bénédiction usitée d’abord commeune pure cérémonie fut, dès le douzième siècle, considéréecomme une garantie de bonheur conjugal. A l’occasion desnoces, les familles nobles déployaient une magnificenceincroyable et prolongeaient la fête pendant des semainesentières. La nuit du mariage la jeune fille était menée dansla chambre nuptiale par les parents ou tuteurs, accompa-gnée du garçon et de la demoiselle d’honneur, et souventde tous les invités. Après l’avoir déshabillée, on la remet-tait à son mari qui entrait avec elle dans le lit en présencede tout ce monde. Dès qu’une même couverture avait été’etée sur eux le mariage était considéré comme accompli.