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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA CHEVALERIE A LA COUR

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débauche grossière, si le culte de Marie u’avait apporté uncorrectif salutaire et si la poésie n’avait épuré cette passionen l’idéalisant.

C’est dans le midi de la France, tout le monde en con-vient, que prit naissance ce doux et agréable commerceavec le sexe aimable. Les troubadours provençaux en firentl'objet d’une science symbolique et galante que les croi-sades allaient introduire en Allemagne. Elle y acquit jene sais quoi de plus intime et ne tarda pas à corrompreles mœurs. En effet, les jeunes filles étaient élevées dansles couvents jusqu’à leur mariage. C’est aux femmes mariéesque l’on fit la cour, puisque l’amour avec elles était per-mis. Le chevalier qui avait fait choix d’une maîtresse étaitsoumis aux prescriptions du code de l’amour et à de pé-nibles épreuves avant d’être agréé comme galant. Cesusages grandissaient, dont la variété s’accrut rapidement etqui bientôt se montra d’autant plus exigeante qu’on larecherchait davantage. La folie amoureuse des amants seprêta à tous les caprices fantasques de leurs maîtresses ; lesplus exaltés furent les chevaliers poètes. Un troubadour deProvence, Pierre Vidal, pour plaire à sa belle, dont le nométait Loba (Love), se couvrit d’une peau de loup et courutà quatre pattes dans la forêt jusqu’à ce que des chiens deberger l’eussent fort maltraité. Un émule de cet insensé futle troubadour allemand Ulrich de Lichtenstein. L’odyssée deee don Quichotte peint bien les mœurs du temps et pourraégayer un instant nos lecteurs.

Ulrich était fils d’un seigneur de Styrie ; ne sachant pasécrire, il a dicté le récit de sa folie à un secrétaire et lui adonné pour titre Service aux dames, ce qui en indique exac-tement l’inspiration. Le poème comprend cinquante-huitpièces lyriques divisées en strophes de huit vers. Au pointde vue esthétique, cette œuvre que Zachmann a éditée estune production médiocre et qui prouve que la poésie étaiten décadence au commencement du treizième siècle. Ainsi