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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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IA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

chercha des prix extraordinaires. Ainsi, dans le tournoidonné à Nordhouse par le marquis Henri de Misnie, il yeut un arbre chargé de feuilles d’or et d’argent. Au cheva-lier qui avait rompu la lance de son adversaire était ac-cordé une feuille d’argent, elle était d’or s’il l’avait désar-çonné. Le prix le plus singulier fut celui qu’on offrit autournoi organisé par les gentilshommes de Magdebourg,où furent convoqués les principaux patriciens des villesvoisines; ce n’était rien moins qu’une magnifique jeunefille appelée Sophie, que gagna un vieux négociant deGoslar.

Ces fêtes donnèrent souvent lieu à des paris entre les com-battants et les spectateurs, innvation bourogeoise qui in-dique la décadence des tournois et de la chevalerie. A lamême époque, il y eut comme une éclipse de civilisationqui suivit la mort de Frédéric II. Nous trouvons le témoi-gnage de cette décadence et du mépris où tomba à l’étran-ger notre nation, dans les récits de Jean Froissard, le chro-niqueur classique du quatorzième siècle. Il dépeint leschevaliers allemands comme dépourvus de délicatesse,avares et durs. Bien qu’il cite des actes de cruauté révol-tante commis par le Chevalier Noir, il le regarde comme leparangon de la chevalerie. Dans sa bouche, les mots de vertuchevaleresque devinrent synonymes de vie licencieuse. Il estvrai que notre société féodale avait alors perdu tout senti-ment d’honneur et d’humanité.

Les hommes chassaient ou se battaient; les femmes s’a-bandonnaient à de grossiers désordres ou à une dévotionexaltée. Les aimables relations étaient remplacées par desmanières brutales ; la noblesse qui s’était ruinée dans lesfêtes, battait les grandes routes pour piller et refaire sa for-tune. La vie de château devint une vie de bandit, la guerrefût continuelle et supprima toutes les lois civiles au pointqu’un prince allemand pût dire : « Ami de Dieu et ennemides hommes, tel est le credo de la chevalerie. »