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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA POÉSIE CHEVALERESQUE ROMANE

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et l’Allemagne étend partout son influence intellectuelle.

C'est de la France que nous était venue la chevalerie ;c’est d’elle aussi que nous vint la poésie chevaleresque,qui eut pour sources principales d’inspiration le spiritua-lisme chrétien, la croyance à un Dieu unique et souverain,le désir ardent d’une vie future et le souvenir d’une antiquefélicité perdue, en un mot l’idée chrétienne, qui repose surune antithèse inconciliable entre l’esprit et la matière. Ren-fermés dans ces bornes étroites, l’art et la poésie n’auraientpu se développer ni agir sur la vie sociale, si la chevaleriene leur avait fourni une base solide en se les associant 1Cette alliance leur permit de renoncer au dédain que lachristianisme témoignait pour la nature. Dès lors, au seinmême du sévère catholicisme, on vit renaître les formesvraiment belles et les splendides couleurs de l’Olympepaïen, avec sa gaieté, ses passions et ses voluptés. La ma-tière triompha complètement de l’esprit, malgré les pro-testations que ce dernier fit entendre de temps à autre.

Un peuple étranger et même hostile à la religion duChrist, les Arabes d’Europe furent les inspirateurs de lapoésie chevaleresque et romane. Arrivés sous les Ommiadesà un développement intellectuel et moral bien supérieur àcelui des chrétiens à la même époque, ils fournirent auxpoètes espagnols et provençaux l’esprit et le cadre de leurschants. La fusion s’opéra surtout entre Maures et Chrétiensau siège et à la prise de Tolède par le roi Alphonse VI, versla fin du onzième siècle. Parmi leur butin le plus précieux,les vainqueurs rapportèrent dans leur patrie les germes dela gaie science, qui trouvèrent pour se développer un terrainfavorable des deux côtés des Pyrénées. Mais c’est en Pro-verbe que fructifia d’abord la semence poétique et que re-tentirent les chansons chevaleresques. Chez ce peuple,comme chez les Grecs la poésie fut considérée comme une