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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
création et nommée art de trobar, l’art de trouver, d’inven-ter. De là vient le nom de troubadours donné aux poètesprovençaux qui chantaient eux-mêmes leurs compositionsen s’accompagnant d’un instrument, ou se faisaient suivred’un musicien que l’on appelait jongleur. Selon le senti-ment qui les inspirait, ils composaient des soûlas , chansonsjoyeuses, des lais, chansons tristes, des albas, chants del’aube, des sermas, chants du soir, des baladas, chants dedanse, des surventes, chansons satiriques, des tensons, chantsde guerre, des pastorellas, chants de bergers, etc.
Les plaisirs et les chagrins de l’amour furent l’objet prin-cipal de cette poésie, qui ne se défendit point l’expressiondes autres sentiments. On trouverait même, chez les trou-badours, comme un lointain écho de toutes les passionsqui agitent la vie passée en plein air et en toute liberté.Mais leurs chants sont surtout inspirés par une véritablefureur de plaisir, de colère et de guerre. Lisez Bertrand deBorn, l’un des plus célèbres, et vous croirez entendre cesvieux chantres arabes qui racontent avec des cris d’allé-gresse comment ils poussèrent leur lance aux abreuvoirsde sang et désaltérèrent la pointe de leur glaive dans lecœur de l’ennemi. « Jamais, chante le troubadour, le som-meil, le vin et la table ne me donneront le plaisir que jeressens à entendre de tous côtés le cri de guerre, sus ! sus!quand résonne à mon oreille dans la forêt le hennissementdes chevaux sans cavalier, quand les cris au secours ! ré-veillent les amis, que petits et grands tombent dans le fosséverdoyant de la prairie et que plus d’un couvre le sol l’épéedans le cœur. #
Outre ces inspirations personnelles, les poètes proven-çaux servirent encore d’organes à l’opinion publique et lan-cèrent, dans leurs sirventes, des attaques sanglantes contreles pouvoirs politiques et religieux. Ce n’est pas sans raisonqu’on les regarde comme des précurseurs de la Réforme.Deux d’cRtrc eux, Guillaume Figueiras et Peirc Cardinal sc