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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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IA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

que fleurit surtout dans les châteaux et à la cour, ce qui afait donner à toutes ces productions le nom de poésie decour. Elles sont écrites en haut-allemand ou souabe, idiomesonore, doux et souple, qui fut sous les Hohenstaufen lalangue de la bonne société. Les trois genres épique, lyriqueet didactique y sont traités tour à tour.

Notre épopée chevaleresque descend des croisades, deces expéditions qui attestent la foi des chrétiens au miracle;aussi est-elle un tissu de récits merveilleux et de légendesfantastiques, agrémentés des peintures voluptueuses de l'a-mour sensuel. On y trouve à la fois des scènes religieuseset des aventures romanesques, le tableau des mœurs de lacour et des chants de bravoure mêlés à des hymnes enl’honneur de la femme; enfin, bien qu’elle tombe parfoisdans la trivialité et la licence, elle se relève aussitôt en cé-lébrant la lutte héroïque du monde chrétien contre le ma-hométisme.

Les poètes allemands empruntèrent leurs matériaux à iaFrance et chantèrent les hauts faits de Charlemagne et deses paladins, ceux du roi breton Arthur, les merveilles opé-rées par le Saint-Graal. Charlemagne était un héros touttrouvé pour là poésie; il résumait en lui toutes les guerrescontre les Sarrasins. Ses exploits et ceux de Roland, sonneveu, avaient été célébrés dans la chronique légendairede l’archevêque Turpin, écrite en latin au onzième siècle.C’est de là qu’on a tiré tous ces poèmes de Roland à Ron-cevaux, des quatre fils Aymon, Huon de Bordeaux, etc.Bien qu’imités en Allemagne, ils n’y ont jamais obtenubeaucoup de succès. Il n’en a pas été de même du roi bretonArthur, de sa femme Geneviève et des douze paladins quil’entouraient dans son pays de Galles, Ivan, Eric, Gavin,Lancelot, Paroival, Lohengrin, etc. Ceux-ci avaient le droitde s’asseoir avec le roi autour d’une table ronde, d’où lenom qu’on leur a donné. C’était un honneur insigne qued'être admis parmi eux et une flétrissure infamante que