LA POÉSIE CHEVALERESQUE ROMANE
117
d’elle, déguisé en troubadour, et, après sa guérison, il té-moigne sa reconnaissance en donnant à la blonde Iseult,fille de la reine, des leçons de musique, de latin, de françaiset de belles manières. De retour à Cornouailles, il décide sononcle à demander la main d’Iseult et se fait envoyer à Dublinpour conclure le mariage. Là il rend un nouveau serviceen purgeant l’Irlande d’un dragon qui la dévastait. Remar-quez la différence entre le héros de Gottfried et celui deWolfram : tandis que Parcival rêve sur les tendances et lebut de l’humanité, Tristan se rend utile à ses semblables.Enfin il s’est embarqué avec Iseult, la fiancée de Marck,mais pendant la traversée survient entre eux ce qu’il étaitfacile de prévoir. Ils s’enivrent de doux regards et le philtreamoureux glisse dans leurs veines les ardents désirs etles douleurs violentes. Gottfried a décrit admirablementcette invasion soudaine d’une flamme qui couvait depuislongtemps dans le cœur des deux jeunes gens. Un sentimenfirrésistible les entraîne l’un vers l’autre, mais le devoir leurdéfend de s’aimer. Hélas! la passion triomphe de la morale,et le vieux Marck est trompé même avant le mariage. Uneservante dévouée d'Iseult, Brangane, prend la place de samaîtresse le soir des noces, et le roi est dupe de la substitu-tion. Il n’ouvre les yeux à la vérité que fort tard, et surles dénonciations des courtisans jaloux. Tristan est bannide la cour et Iseult subira le jugement de Dieu. Elle s’ysoumet de bonne grâce; et s’en tire à la faveur d’une ruseféminine. Exilée cependant de la cour, elle va rejoindreson amant et ils commencent à l’ombre des forêts une char-mante idylle dont la description peut se comparer aux pluscélèbres peintures d’amour, à la scène du jardin entreRomeo et Juliette et à celle du bosquet dans Faust. Unenouvelle ruse du couple amoureux leur fait reconquérir lafaveur du mi Marck, mais la lutte continue entre les éga-rements de leur passion et les convenances sociales. A cetteoccasion, le poète expose quelle est la condition de la femme