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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

des rêveurs allemands qui aient pu attribuer à un peuplela création de poèmes tels que l’Iliade, l’Odyssée, les Nie-belungen, les Gontran. Dès le début, il s’est rencontré despoètes de profession qui ont mis la main à l’œuvre, et,pour ce qui regarde les Niebelungen, on en attribue, sanspreuves, il est vrai, la paternité première à un troubadourappelé Conrad de Kürenberg.

Je ne veux pas m’étendre ici sur les détails de cette iliadegermanique, je ne signalerai que le tableau héroïque, for-mé par les légendes des Burgondes, des Huns et des Visi-goths, auquel nul autre ne saurait être comparé. Le poèmerévèle clairement son caractère Scandinave par son nom deNiebelungen, Terre des brouillards, des nuages, et aussi parles combats de Sigfrid contre le dragon, les géants et lesgnomes. Il se divise en deux parties : la première s’arrêteà l’assassinat de Sigfrid par Hagen, la seconde va du ma-riage de la belle et chaste Crimhilde avec Etzel jusqu’à l’ac-complissement de leur terrible vengeance. Celle-ci est touteremplie du fracas des armes et du choc des migrations,tandis que l’autre offre des nuances plus douces, grâce à lamain du poète traducteur. Mais, là encore, on sent uneépoque grandiose et farouche; tout y est énorme jusqu’à laplaisanterie; qu’on se rappelle les scènes nocturnes dans lachambre nuptiale de Btunehilde. Dans la seconde partie,l’action se précipite et l’histoire, qui se déroulait d’abordavec un calme majestueux, se resserre en torrent pour seterminer par des catastrophes tragiques. Bien différente estl’épopée de Gudrun; après de rudes combats, elle se ter-mine par un triple mariage. Empruntée aux légendes de laFrise, du Danemark et des pays Normands, elle renferme,dans sa troisième partie, un vrai chant de triomphe sur lafidélité de la femme allemande dont l’auréole couronne lefront virginal de l’héroïne Gudrun. La mer avec sesflots mobiles et ses redoutables colères y joue un grandrôle et donne un singulier attrait à la narration. Enfin,