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LA. SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
avaient fait subir à Jésus. A ce sentiment qui était inspirédu moins par le zèle religieux, se joignait la jalousie exci-tée par leur fortune. On se ruait sur eux comme sur deriches mécréants, bons à piller et à dépouiller. Ajoutonspourtant à la décharge des persécuteurs que les juifs con-tribuèrent eux-mêmes, par leur conduite, à se rendre odieux.Ils vivaient en étrangers, sans se mêler au reste de la po-pulation, gardaient avec une obstination fanatique les bar-rières qui les séparaient de la société et ne cachaient pasassez leur mépris pour le christianisme. Il est vrai que l’i-dée monothéiste et spiritualiste formait la base de leur re-ligion, tandis que le culte chrétien se divisait sur une mul-titude de saints, d’images et de reliques.
Isolés du monde par leur croyance, les juifs étaient encoreprivés des droits civils. Défense d’acquérir des propriétésou d’exercer une profession manuelle. Tous les métiersétant organisés en corporation, aucun d’eux n’eût vouluadmettre de membre qui ne fût pas chrétien. La scienceseule leur était ouverte, et ils en cultivèrent plusieurs bran-ches avec succès. Les médecins juifs étaient recherchés plusque tous les autres; rois, empereurs, prélats, le pape lui-même, en avait quelqu’un d’attaché à leur maison. Franc-fort-sur-Mein avait des médecins juifs au quatorzième et auquinzième siècle. On voit même des femmes exercer cetteprofession. Parmi elles, on distingue la juive Zerline, citéecomme médecin oculiste en 1428, et la juive Sarah, à qu;l’évêque de Wurtzbourg avait, quatorze ans auparavant,accordée une patente de médecine.
Mais, en général, les juifs se jetèrent sur le négoce et lesaffaires de banque; c’était un moyen de satisfaire leursrancunes contre les chrétiens en les dépouillant. Ils s’enfirent même un devoir religieux. Les bourgeois, les cheva-liers et les princes avaient besoin d’argent; le juif qui enavait les mains remplies, en prêtait au taux usuraire devingt-cinq ou même de quatre-vingts pour cent. U attirail