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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

les punir de leurs sacrilèges; il est probable que l’on aexagéré le nombre des victimes. Toujours est-il que desmilliers de pauvres diables payèrent, de leur vie ce contemensonger de l’hostie martyrisée.

Quand sévit la peste noire, enlevant les individus parcentaines de mille, la terreur des populations fut portée àun tel paroxysme, qu’il fallut, pour la calmer, des exécu-tions sanglantes. Dans ce tumulte causé par l’épouvante, lamisère et la folie, toutes les passions féroces se réveillèrentdans l’homme, ainsi que nous l’avons vu de notre temps àl’apparition du choléra. Les foules ne manquent jamaisd’attribuer la cause de leurs désastres aux individus ouaux castes qu’elles jalousent ou détestent, et des milliersd’innocents périrent ainsi, accusés d’avoir amené la pesteen empoisonnant les sources.

« Personne, dit la chronique de Limbourg, ne connaissaitla cause d’une mortalité pareille, quand le soupçon s’élevaque les juifs avaient empoisonné les puits. » Aussitôt, lafoule se jeta sur eux avec fureur et en fit une horrible bou-cherie. Il y eut pourtant des gens sensés qui surent sedéfendre de cette aveugle crédulité. L’honnête Jacob Twin-gen de Kœnigshofen, près de Strasbourg, écrivait dans sachronique alsacienne, vers Tannée 1386 : « Lors de la grandepeste, la calomnie accusa les juifs par tous pays, excepté àAvignon, où ils furent protégés par le pape. » Mais cetteintelligente humanité ne les défend que dans les murs dela ville papale. Pourtant, un échevin de Strasbourg, PeterSchwarber, ht de généreux efforts pour sauver la populationjuive de cette ville. Vaine tentative ! Malgré sa popularitéet son énergie, il échoua, les empoisonneurs furent brûlés.Que Schiller a eu raison de dire ces beaux vers : « Qu’est-ceque la foule? La foule c’est la sottise. L’esprit ne se ren-contre que chez quelques-uns. »

Nous qui avons vu, en plein dix-neuvième siècle, tant de