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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
qu'à ce que les os se voient. Un de ces pauvres martyrsdisait : « Je ne sais pas ce que j'ai avoué. Peut-être, aumilieu des tortures, ai-je dit que Dieu n’est pas Dieu. » Et,avant de mourir, il protestait de son innocence. Jamais onne vit de résignation plus passive ni d’héroisme plus grand;presque aucun d’eux ne consentit à abjurer pour sauver safortune, sa famille et sa vie. Un seul, ayant eu la faiblesse,en 1349, d’accepter le baptême, en éprouva tant de peineet de honte, qu’il s’enferma avec les siens dans sa maisonet y mit le feu, criant du milieu des flammes qu’il voulaitmourir juif et qu’il s’offrait, lui et sa famille, en holocausteà Adonaï. Des femmes même, à Strasbourg, en présence dubûcher où brûlaient leurs maris, se refusèrent de livrer leursenfants qu’on voulait sauver en les baptisant, et, les serrantcontre leur sein, elles se jetèrent avec eux dans les flammes,Le désespoir leur faisait quelquefois prévenir le suppliceen se donnant à eux-mêmes la mort. A Esslingen, les juifsmenacés du bûcher se brûlèrent volontairement dans lasynagogue. Il en fut de même à Worms et à Spire. A Er-furt, toutes les maisons de la rue qu’ils habitaient furenten même temps incendiées par eux, et ils périrent dans lesflammes au nombre de 6,000.
Arrêtons-nous dans cette lamentable énumération. Lemoyen âge lui-même, après tant de boucheries fanatiques,sembla vouloir respirer. « Après 1350, dit la chronique deLimDourg, quand la peste, les flagellations et les massacresdes juifs eurent cessé, le monde commença à revivre et àreprendre sa gaieté. »
Il était inévitable que dès que la profonde ignorance quiaveugla le monde chrétien jusqu’au onzième siècle, com-mencerait à se dissiper, il se manifesterait des tendanceshérétiques. D’ailleurs, l’hérésie est aussi vieille que l’or-thodoxie, et l’on trouverait des sectes dissidentes jusquedans les premiers siècles du christianisme. Au onzièmesiècle, ce fut surtout dans le midi de la France et dans