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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANUBS

encore maîtriser les esprits à l’aide de la science, appeléescholastique. Cette doctrine était fondée sur le dogmeimmuable du christianisme dont la démonstration philo-sophique se, faisait au moyen des catégories d’Aristote.Il y avait là un principe évident de contradiction : d’uncôté l’idée philosophique tendait au libre examen, qui estson droit et son élément vital; de l’autre, l’Église opposaitune borne immuable et fixe. C’est un spectacle navrant quede voir tant d’hommes éminents tourner dans le mêmecercle et essayer de donner à cette conception absurde etinsensée une apparence de raison et de bon sens. Rendonsà la scholastique la justice qu’elle mérite. Malgré ses alluresargutieuses, elle a préparé bien des armes spirituelles dontl’époque suivante devait faire un meilleur profit. Au moins,ces pauvres scoliastes tinrent le cerveau en éveil et le rai-sonnement en honneur. A la théologie chrétienne s’étaitmêlé un élément de spéculation, grâce à saint Augustin, levrai frère de la scholastique et l'adversaire du scepticisme.Sa doctrine servit au neuvième et au dixième siècle à ScotÉrigène et à Bérenger de Tours, qui combattirent l’explica-tion grossière et purement physique donnée par le moineRadbert du mystère de l’Eucharistie. Après eux, Anselmede Canterbury fonda la scholastique dialectique et cherchaà concilier la raison et la foi, de manière cependant à ceque celle-ci fût la reine et le guide de l’autre, progrès bienfaible, mais qui devint le point de départ d’une grande ac-tivité intellectuelle. Le débat entre les savants eut lieu dansles Universités, et tout en excitant la liberté de la pensée,il mit souvent aux prises les docteurs avec l’Église. Le pre-mier pas important que fit l’esprit humain vers son éman-cipation, ce fut lorsque Abélard, dont la poésie a immorta-lisé les amours avec Héloïse, soutint que l’on ne doit croireque ce que l’on comprend. Au siècle suivant Amalric deBéna fut plus hardi; il avança que Dieu est tout et ne faitqu’un avec la nature, qu’en lui réside toute chose. Quel-