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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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178 LA SOCIÉTÉ HT l.ES MŒL’RS ALLEMANDES

nous avons parlé, se joignit parfois l'usage d'entrer endanse moitié nu et de tâcher de faire tomber sa danseusedans une posture indécente. En vain l’autorité poursuivit ledésordre; elle ne parvint pas à extirper la corruption. I!y avait, dans plusieurs villes, des bains publics où les gensde tout sexe, de tout âge et de toute condition se rencon-traient complètement nus, au mépris de la simple pudeur.L’immoralité s’étalait surtout dans les villes thermales,comme nous le voyons par la description que nous fait l’i-talien Poggio de ce qui se passait à Bade en Argovie en1417. Des capitaines, des hommes d’Etat, des négociants,des clercs, y venaient de fort loin pour jouir de tous les raf-finements de la débauche. Le matin les bains présentaientun spectacle animé ; ceux qui ne se baignaient pas regar-daient, du haut de la galerie, les baigneurs et les bai-gneuses qui mangeaient et jouaient sur des tables flottantes.De belles filles leur demandaient l’aumône en découvrantdes charmes tentateurs. Après le repos de midi, on conti-nuait à boire tant que l’estomac pouvait le supporter, jus-qu’à ce que le son des instruments donnât le signal delàdanse.

Les lois terribles portées contre le crime de viol prouventcombien les passions étaient effrénées; on fut même obligéde tolérer la prostitution et les entremetteuses, tandis quejusque-là, ces dernières étaient enterrées vivantes. Le nomignoble donné aux maisons de débauche n’avait pas d’a-bord une signification aussi odieuse et venait du saxonBorda qui désigne une maisonnette. Les filles vouées à laprostitution subissaient des traitements opposés suivant lesvilles ; ici elles avaient le bourreau pour surveillant, et leurcorps, après la mort, était jeté à la voirie; là, elles avaientdroit de bourgeoisie et pouvaient, les jours de fêtes, pa-raître en public parées de fleurs. Elles avaient même ledroit de chasser de la ville celles qui ne faisaient point par-tie de leur corporation. D’ordinaire on les obligeait à por-