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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

faute d’esprit national et d’un génie capable de le cons-tituer.

Nous avons dit plus haut quelle fut l’affreuse anarchiequi remplit l’interrègne de 1250 à 1273. Nos princes col-portaient au dehors la couronne impériale, comme l’ontfait à l’intérieur nos bons bourgeois en 1848. En se déci-dant en faveur du comte Rodolphe de Habsbourg, ils son-gèrent moins à donner un chef à l’Empire qu’à se choisirun préfet de police qui maintint l’ordre et leur permit derecouvrer leurs revenus compromis par le désarroi del’agriculture et du commerce. Ils ne s’étaient pas trompésdans leur choix; Rodolphe, petit souverain sans impor-tance, n’essaya point de relever la puissance impériale; ilse contenta du rôle plus modeste de pacificateur et de pèreéconome; ce fut le Louis-Philippe de son temps. Il fit ad-mirablement la police du pays, et ses exécutions furent sinombreuses que les gibets pliaient sous le poids des cheva-liers brigands. Son expédition contre Otlokar de Bohêmen’eut d’autre but que de créer en Autriche de beaux apa-nages à ses fils. Adolphe de Nassau, qui fut élu après lui(1291), voulut marcher sur ses traces, mais il s’y prit malet perdit à la bataille de Goellheim la couronne et la vie.On lui avait opposé un fils de Rodolphe-Albert d’Autriche,prince dur et cruel, qui n’eut pas le temps de jouer le rôled’un Louis XI et périt à Windish, près de la Reuss (1308),au moment même où il se préparait à ravir aux paysansleur dernière liberté. Son successeur, Henri VII, comte deLuxembourg, après avoir conquis la Bohème, ne sut pasrésister au décevant appat de la couronne impériale ro-maine. Il franchit les Alpes, fut reçu par les Gibelins à brasouverts et salué par Dante comme le libérateur de l’Italie;mais à la suite de nombreux combats il mourut à Buon-convento. Les électeurs se partagèrent alors en deux campset nommèrent, les uns Louis de Bavière, les autres Frédéricle Beau d’Autriche, qui tomba à Mühldorf entre les mains