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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

La corruption s’ètait glissée dans l’Église et elle était siavancée que ses partisans les plus convaincus réclamaienteux-mêmes une réforme générale et prompte. C’est dansce but que se réunirent les conciles de Pise (1408), de Con-stance (1414-1418) et de Bâle (1431-1449). Mais on échouadevant l’obstination de quelques prélats qui ne voulaienlpoint sacrifier leur autorité.

Cependant l’esprit humain ne pouvait se laisser pluslongtemps retenir dans l’étroite prison de la scolastique ;le simple bon sens s’insurgeait contre une discipline aunom de laquelle on discutait éternellement des questionsaussi oiseuses que celles-ci : « Dieu a t-il le pouvoir de fairequ’une chose faite n’ait pas été faite ? Pourquoi Adam a-t-ilmangé dans le paradis une pomme plutôt qu’une poire?Où commence un tas? Combien d’anges tiendraient-ils surla pointe d’une aiguille ? Dans quelle langue le serpent a-t-il parlé à Ève ?» etc. Les troubadours du Midi et les héré-tiques avaient déjà conspué ces niaiseries et s’étaient éle-vés contre l’avarice et l’immoralité des clergés. En Italiemême l’opposition se fit jour, grâce aux trois grands poètesqui venaient de créer la littérature de leur pays, Dante,Pétrarque, Boccace. Le flambeau de l’antiquité vint dis-siper les ténèbres de l’ignorance et donner à l'Europeune nouvelle vie intellectuelle.

Dès le quatorzième siècle commence le culte de l’anti-quité classique en même temps que la littérature nationaleen Italie. Dans sa Divine Comédie, le Dante se fait guiderpar Virgile dans les cercles de l’Enfer où il a placé tous lestyrans, première protestation contre l’abus de la force bru-tale. Après lui Boccace écrit son Décaméron, satire rempliede grâce et de joyeuse harmonie qui dérida le peuple, lesprinces et la grave curie elle-même, sans amener pourtantla moindre réforme, car l’indifférence et la frivolité ne sau-raient être des agents de moralisation. Le Pulci, auteurd’un poème de chevalerie héroï-comique, le Grand Morgant ,