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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

Jean Weier et un prêtre, Cornélius Loos au siècle suivant.Loos soutint que les supplices n’étaient qu’un moyen debattre monnaie. Bientôt après un jésuite, le généreux comteFrédéric Spée, qui avait accompagé au bûcher une fouledé sorcieVs, acquit la conviction qu’ils périssaient pour unecause imaginaire et, au risque de sa vie, il défendit cetteopinion dans un écrit public. Il dévoila les turpitudes de laprocédure et adressa aux juges ces sages paroles : « Je jureque parmi l’innombrable quantité de celles que j’ai accom-pagnées au bûcher, il n’y avait pas une seule coupable.Deux théologiens de mes collègues en disent autant. Faitessubir aux chefs de l’Église, aux juges, à moi-môme lestraitements que vous infligez à ces malheureux ; soumetteznous aux mêmes tortures et vous trouverez que nous som-mes tous des sorciers. »

Protestation inutile 1 Le Marteau des Sorciers n’en conti-nua pas moins à être regardé comme un oracle infaillibledont les décisions étaient justifiées par la naïve éruditiondes docteurs les plus influents. Le professeur Benoît Karpzovécrivait encore en 1635 : « La mort par le feu doit être in-fligée à ceux qui font un pacte avec le diable, quand mêmeils n’auraient fait de mal à personne. »

Enfin Balthazar Becker commença à dessiller les yeux dupublic sur ces exécutions par son célèbre livre du Mondeensorcelé (1691). Dix ans après, Chrétien Thomassin publiades brochures où il combattait victorieusement la croyanceà la magie et les procès de sorcellerie. Une dernière vic-time fut brûlée le 21 juin 1749, Maria Renata Singer, reli-gieuse de soixante-dix ans, condamnée à Wurtzbourg etdont l’acte d’accusation se trouve par hasard en mes mains.Je le transcris ici pour donner une idée du degré de lu-mière d’un siècle qui passe pour éclairé : « Maria RenataSinger de Mossau fut entraînée a la sorcellerie par un offi-cier dès l’ûge de six à sept ans. L’enfer, ne pouvant suppor-ter le nom de Maria, le changea en celui de Ema Renata