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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒUKS ALLEMANDES
s’éteindre en lui un homme dont le cœur n’avait jamaisbattu que pour la gloire de sa patrie. Dès sa jeunesse ilrêva de remplir dans toute sa beauté le rôle du vates oupoëte, et jamais des mains plus pures ne sacrifièrent surl’hôtel des muses. Cœur chaste et simple, âme chrétienneet patriote, il n’eut d’autre inspiration que l'amour de sonpays et sa foi protestante. C’est lui qui, le premier, rendit ànotre littérature sa liberté d’action et qui l’éloigna du ser-vilisme et de l’air empesté des cours pour la retremper dansles eaux vives du sentiment üational. A la place de tous cespoëmes descriptifs, didactiques ou lyriques, il voulaitdonner à l’Allemagne une épopée immortelle. Les premierschants de sa Messiade, parus en 1748, excitèrent une admira-tion et un enthousiasme universels. L’œuvre entière a quel-ques défauts amplement rachetés par des odes sublimes oùse révèle la vraie grandeur de son génie poétique. C’est làqu’il faut puiser, après une si longue sécheresse, comme àla source pure de la poésie allemande. Tous nos senti-ments nationaux, la piété, la joie, la douleur, l’amour,l'amitié ont trouvé en lui un digne interprète. Bien qu’expri-més en rhythmes antiques, ces chants sont inspirés d’unsouffle tout moderne. Il avait bien le droit de vanter labeauté de notre langue, le poëte qui lui faisait rendre de sinobles accents. Si sa tâche était'grande, son œuvre ne l’estpas moins. A lui l’éternel honneur d’avoir rappelé auxAllemands qu’ils étaient un grand peuple qui avait unehistoire, et de leur avoir rendu le sentiment de leur na-tionalité ! Son rôle fut de fermer le passé et d’ouvrir lesportes de l’avenir. Au seuil de l’ère nouvelle, il regarde enarrière, appuyé sur la bible luthérienne et tourne le dosau scepticisme de Kant, laissant le siècle marcher sanslui vers des idées nouvelles et de nouveaux progrès. C’estle dernier représentant de la théologie protestante.