LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIEME SIÈCLE 309
pur ; on y trouve à la fois un scepticisme cynique et une foinaïve, un égoïsme excessif et des rêveries sentimentales, ledédain de la patrie et le rétablissement de l’honneur natio-nal. Il serait digne d’un grand historien de tracer un tableaucomplet de l’histoire morale de cette époque. Pour nous, ilnous suffira d’en esquisser les traits essentiels et de mettrele lecteur à même de la bien juger.
Décrivons d’abord le costume. L’habit de gala, pour lesimple bourgeois comme pour le prince, consistait en uneredingote de velours clair ou sombre, ornée de broderiesde soie d’or ou d’argent; des manchettes de dentelles sor-taient de dessous les manches à revers et un jabot de den-telles également bouillonnait devant la poitrine. On ne por-tait des bottes que par les mauvais temps. D’ordinaire, onvisitait les dames en souliers et en bas de soie. Jeunes etvieux portaient l’épée au côté, et les personnes d'un âge mûrs’appuyaient sur une longue canne à pomme d’or. Certainscorps de métiers se distinguaient par la nuance de leur vê-tement ; un médecin aurait manqué à sa dignité s’il s’étaitprésenté autrement qu’en perruque poudrée et triangulaire,en robe écarlate brodée d’or, avec un petit chapeau de soiesons le bras et l’inséparable canne à la main sur laquelle ils’appuyait le menton pour réfléchir dans les cas graves.Les élégants, au lieu de perruque, portaient les cheveuxfrisés et poudrés en aile de pigeon. D’ailleurs la perruquefut proscrite par Frédéric-Guillaume de Prusse qui la trou-vait incommode pour le soldat, et sa réforme passa dans lasociété civile. La barbe avait disparu et ne devait revenirqu’avec les troubles révolutionnaires pendant lesquels onu avait plus le temps de se raser, et l'on portait les cheveuxcoupés en rond derrière la nuque. Il n’y eut pas jusqu’à1 Amérique qui n’influât sur la mode. La présence des am-bassadeurs du Congrès à la cour de Versailles fit adopterPur les jeunes Français le costume simple et puritain deFrank-lin, au moment même où la jeunesse allemande s’en