LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIÈME SIECLE 313
duire à Vienne les mœurs de Paris. Le dernier savait joindreà la souplesse du courtisan français le flegme propre à sanation, ainsi que nous le voyons dans un récit de l’Anglaiselady Montagne, qui visita la cour de Vienne en 1716.
Cette voyageuse nous raaonte encore que deux damess’étant rencontrées dans une rue étroite avec leurs car-rosses à six chevaux, ne voulurent reculer ni l’une ni l’au-tre, et restèrent en présence jusqu’à deux heures du matin :que des gardes envoyés par l’empereur mirent fin au con-flit. Elle nous signale une particularité assez étrange de lasociété viennoise à ce moment. Toute dame d’un certainrang a deux maris parfaitement acceptés, et ce serait l’of-fenser, quand on l’invite à une fête, de ne pas convier enmême temps ses deux époux. Les maisons aristocratiquesrivalisaient de magnificence et les appartements où l’on re-cevait comprenaient une enfilade de huit ou dix pièces, or-nées de sculptures, de dorures et dont l’ameublement étaitd’un luxe princier.
Malgré tout ce faste, le ton de la société était commun,faute d’une noble éducation. Ce monde d’élite se délectaitaux comédies d’Arlequin. Un rigide prédicateur de lacour, tonnant contre les robes trop décolletées, s’oubliaitjusqu’à dire : « Je voudrais que l’aigle de saint Jean seposât sur vos poitrines nues et y fit c... » Réprimandé pourcelte licence et invité à se rétracter, il fit le malade et laissaun de ses collègues présenter ses excuses: «Je voudrais,dit celui-ci, que le bœuf de saint Luc prît la place de l’ai-gle. » Ce dernier prédicateur, appelé Abraham, paria un jourau comte de Tautmansdorf qu’il l’appellerait âne du haut de lachaire et il y réussit au moyen de l’histoire d’une communeflm avait pris pour maire un homme sans intelligence, his-toire qui se terminait par ces mots. « A l’âne Traut mansdor f- « Calembour qui veut dire - A l’âne on confie levillage.
Les jeux de hasard furent défendus à la cour, à l’exception