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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

homme de Poméranie; de tous les serviteurs de ion père,il ne conserva que quatre chambellans, quatre gentils-hommes de la chambre, dix-huit pages, six laquais, cinqvalets de chambre et douze piqueurs. Ennemi du luxe, ilne laissait paraître qu’aux grandes fêtes le service d’argentqu’il avait payé 1 million et demi de thalers. Il portait l’uni-forme bleu à revers rouges avec passementeries d’argent,la veste jaune, les pantalons et les guêtres en toile blanche,toujours l’épée au côté et la canne à la main. Les tables,les bancs et les chaises de ses appartements privés étaientde bois commun; l’on n’y voyait ni fauteuils, ni tapis, nipapiers peints. De tous les plaisirs royaux, il ne goûtaitque celui de la chasse. Père despotique, il fit donner à sesenfants la mâle éducation qu’il avait reçue lui-même. D’unefidélité exemplaire à ses devoirs d’époux, il n’eut dans savie qu’une velléité adultère qui même fut déçue d’une façondésagréable. S’étant épris d’une demoiselle de Pannewitz,il voulut commencer avec elle le roman par la fin. Mais làbelle l’accueillit avec un soufflet retentissant qui le guéritpour toujours delà galanterie. Ennemi des arts comme delàscience, il poursuivait partout le luxe et il défendit à sessujets leurs réjouissances traditionnelles. Sa fille, la mar-grave de Bayreuth, nous trace dans ses mémoires un asseztriste tableau de ce qu’était alors la cour de Prusse. Elle enavait gardé un souvenir d’aigreur plus que de piété filiale.La scène suivante nous montre comment ce roi traitait les .siens dans ses accès de colère : « Un matin, me raconte imon frère Frédéric, comme j’entrais dans la chambre duroi, il me saisit aux cheveux et me jeta par terre où après |m’avoir fortement battu, il me traîna près d’une fenêtremalgré ma résistance. Il avait sans doute envie d’agircomme font les muets du sérail, car il se saisit de la cordedu rideau et m’en entoura le cou. Heureusement qu’étantparvenu à me lever, je m’emparai de ses mains et j'appelaiau secours. Un valet de chambre accourut et m'arracha de