LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIEME SIECLE 321
ses mains. » On sait que Frédéric-Guillaume tira l’épéecontre son fils lorsque celui-ci eût été arrêté dans sa tenta-tive d’évasion, qu’il l’accabla d’insultes grossières et voulutmême le faire condamner par un conseil de guerre. Lamargrave nous a laissé sur cet intérieur domestique quel-ques détails où il y a peut-être de l’exagération, mais quisont d’une précision cruelle ; « A dix heures du matin, dit-elle, ma sœur et moi nous nous rendions près de notremère et de là nous allions ensemble dans l’appartementvoisin de celui du roi. Après une longue attente, arrivaitenfin l’heure du repas où l’on servait six plats mal préparéspour vingt-quatre personnes, de sorte que la plupart de-vaient se contenter du fumet. Le repas terminé, le roi s’ins-tallait dans un fauteuil de bois et y dormait deux heures,pendant lesquelles je travaillais. Sitôt éveillé, il s’en allait.La reine revenait ensuite dans sa chambre où je lui faisaisla lecture jusqu’au retour du roi qui restait quelques ins-tants puis se rendait à la tabagie. A huit heures on sou-pait et, comme le roi assistait au repas, on en sortait affamé.De là,il rentrait à la tabagie et il fallait attendre son retourjusqu a une heure du matin. »
Cette tabagie de Frédéric-Guillaume jure avec les mœurslégères et galantes de l’époque. On la retrouve dans les di-vers châteaux royaux. Il y passait ses soirées en compagniede ses généraux, de ses ministres et autres convives, ornésde leurs larges décorations et rassemblés autour d’unegrande table couverte de journaux. Tous, quel que fûtleur goût, devaient, pour plaire au roi, fumer le tabac dansde longues pipes en terre de Hollande, à l’exemple du vieuxDessauer et de l’ambassadeur impérial Seckendorf. Chacunavait devant lui une cruche de bière de Duckstein- On trai-tait ainsi les affaires politiques les plus importantes. LePlaisir du roi, c’était de griser les visiteurs princiers en lesgorgeant de bière et de fumée de tabac. Il se plaisait aussià tourmenter le savant Gundling qu’il avait comblé de ti-