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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

très et de dignités; pour se moquer de la noblesse, i!l'avait fait baron à seize aïeux et président de l’acadé-mie des sciences, institution pour laquelle il ne voulait dé-penser que trois cents thalers. Gundling fut en outre cham-bellan et conseiller intime de finance, mais il dut, en échange, 5se prêter aux farces les plus fortes où il courut souvent demortels dangers. Le roi ne s’avisa-t-il pas, un jour qu’ilétait ivre, de faire coucher un ours dans son lit. Le hasard :seul sauva le baron des embrassements du monstre. Une jautre fois il servit de cible et l’on tira sur lui avec des fu-sées et des raquettes. Maintes fois le malheureux trouva,en rentrant, sa porte murée et dut passer la nuit à chercherun gîte. Il n’éprouva quelque allégement que lorsqu’on lui |eut donné un rival dans la personne de Fassmann, auteur ;des Conversations dans le royaume des morts. Pour obéir au ■roi, celui-ci fit une satire contre Gundling et la lui lut eupleine tabagie. Gundling,furieux, lui jetasapipe alluméeau Ivisage, Fassmann riposta en appliquant la tête de la sienne 1sur la peau de son rival et lui faisant une brûlure qui ne lui ;permit pas de s’asseoir de longtemps. Quand Gundlingmourut, on l’enterra dans un tonneau et on lui donna poursuccesseur le magister Morgenstern. Le roi institua entrecelui-ci et les professeurs de l’Université de Francfort-sur-l’Oder une controverse sur ce thème : « Les savants sont des ;fous et des radoteurs. » Morgenstern portait la redingote develours bleu à revers rouges sur lesquels on avait brodédes lièvres d’argent. Il avait de plus une veste rouge, uneperruque qui lui tombait dans le dos et, en guise d’épée,une queue de renard. Après une heure de discussion, le roi 1fit suspendre la séance et, après avoir félicité Morgenstern,il se retourna en sifflant et en frappant des mains, ainsi quetous les assistants. Ces scènes grotesques égayaient les fet® |delà cour, où le roi, sitôt après le repas, quand la reine et lesdames s’étaient retirées, dansait avec ses généraux et ses |colonels. En devenant vieux, Frédéric-Guillaume sentitre ,