Buch 
La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
Entstehung
Seite
324
JPEG-Download
 

324

LA SOCIÉTÉ ET I.ES MŒURS ALLEMANDES

d’une beauté de formes à faire envie à la Vénus de Médicis.Ce spectacle attrayant était éclairé de mille bougies ; le roide Pologne et Grumbkow s’attendaient à ce que le roi mor-dît à l’appât, mais tout au contraire, au premier coup d’œil,il prit son chapeau qu’il mit devant les yeux de mon frèreen lui ordonnant de s’éloigner, puis il se tourna vers Au-guste, lui dit : « Elle est fort belle ! » et sortit aussitôt. Ilavoua même ce jour-là à Grumbkow que de tels spectaclesjui déplaisaient et qu’il ne voudrait pas les revoir. » Lamême princesse nous dit que Frédéric, pendant cette visite,devint amoureux fou de la princesse Orselska, fille d'Au-guste le Fort et qui était à la fois la maîtresse de son pèreet celle de son frère, le comte de Rutowski, l’un des troiscent cinquante-quatre enfants naturels du roi de Pologne.Auguste, qui était jaloux, offrit à Frédéric la belle italienneFormera, la Vénus du cabinet, qui fut la première maîtressedu prince royal de Prusse. Gela n’empêcha pas ce dernier dese rencontrer plus tard avec Orselska, dont il eut un enfant.La cour de Saxe était alors une fourmilière de favoris, dedanseuses, de maîtresses italiennes, françaises, et polonaises,d’enfants naturels et de faiseurs d’or. La prodigalité y étaitsans mesure. En 1719, tandis que la famine désolait sesÉtats, Auguste dépensa quatre millions au mariage de sonfils, qui devint l’électeur-roi Auguste III et dont le ministretout-puissant, le comte Brühl, acheva la ruine du pays. Uncynisme effronté foulait aux pieds toute pudeur ; on en a lapreuve dans les Koselgulden, monnaie impudique que le roifit frapper en 1707, en l'honneur de sa maîtresse, et sur la-quelle on reconnaît les marques de son sexe. Nous ne sui-vrons pas la sœur de Frédéric dans la peinture qu’elle nousfait des crimes qui se commettaient à la cour de Baireuth.On sait la lâche vengeance exercée par la margrave Sophiesur une fille dont la beauté la rendait jalouse.

La cour de Wurtemberg fut aussi en proie à la déprava-tion du dix-huitième siècle. Pendant de longues années, les