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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE 325

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princes de cette maison semblèrent prendre à tâche deprouver jusqu’où pouvait descendre la corruption desmœurs. Le duc Léopold Eberhard, de la ligne de Montbé-liard, marié avec ses trois maîtresses, ajouta à ce scandaled’unir entre eux les enfants qu’il avait eus de ses concu-bines ; il eut même l’intention de léguer son héritage àcotte nichée de bâtards, mais le conseil de l’Empire les ayantdéclarés, à la mort du duc (1723), inhabiles à succéder,ils allèrent tous se perdre dans le bourbier de Paris.

Eberhard Louis, duc du Wurtemberg cisrhénan (1708),eut au moins pour maîtresse une fille noble de Meklem-bourg, Christine de Graevenitz, qu’il fit comtesse de l’Empireavec un revenu de 20,000 florins. Il épousa, même du vivantde sa femme, une princesse de Bade-Durlach. A toutes lesreprésentations qu’on lui fit à ce sujet, il répondait qu'il nedevait, en sa qualité de prince protestant, compte de sesactions qu’à Dieu seul. La Graevenitz était une créature com-mune, avare et débauchée qui gouverna le pays avec unmépris souverain de toute loi et de tout droit. Le duc,après l’avoir exilée, courut après elle à Genève et la ramenatriomphante à Stuttgard. Elle demanda que son nom fûtcompris dans les prières de l’Église et s’attira cette coura-geuse réponse du prélat Osiandre : « Il y a longtemps quec’est fait ; car il est dit dans le Pater : « Seigneur, délivrez-nous du mai. » Le successeur de Louis, Charles-Alexandre, livrale Wurtemberg à une bande de fripons que dirigeait le juifOppenheim, dont il fit son premier ministre. Ce juif mêlait,ce qui est assez ordinaire, la cruauté à la débauche. Samaison fut le théâtre d’orgies infâmes et un centre d’op-pression impitoyable. Pendant les trois années que régnale duc Alexandre, Oppenheim tira de ce petit pays, par lavente des charges et autres tripotages financiers, plus d’unmillion de florins. Les dégâts causés parle gibier s’élevèrent,en 1738, à un demi-million, quoique l’année précédente oneut tué dans les chasses ducales deux mille cinq cents cerfs,

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