326
LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALI EMANDES
quatre mille faons et chevrettes et cinq mille sangliers. Lerègne de ce juif et de la Graevenitz n’était que le préludede la îyrannie et des désordres auxquels se livra le dueCharles-Eugène à partir de 1744. Un prélat, très-modérédans son langage, Jean Godfried Pahl, va nous en donnerun aperçu. « Stuttgard était à cette époque la cour laplus magnifique de l’Allemagne. Pour en rehausser l’éclat,on y avait attiré une foule de nobles étrangers. Ce n’étaitque maréchaux, chambellans, pages et dames d’honneur,plusieurs avec de gros appointements. Ils traînaient à leursuite une armée de valets, d’eunuques, de Maures, de cou-reurs, de cuisiniers, de laquais, de palefreniers aux livréeséclatantes. Ajoutez-y les corps de satellites, de chasseurs etde hussards dont les uniformes étaient couverts de bro-deries d’or et d’argent et de fourrures. On acheta dansles pays les plus lointains les plus beaux chevauxque l’on put trouver pour garnir les écuries ducales. Lethéâtre, l’opéra, le ballet et la musique exigeaient unesomme énorme; on appelait les plus grands artistes deFrance et d’Italie. Noverre dirigeait le ballet, Jomelli lachapelle ; Vestris lui-même dut se partager entre Versailleset Stuttgard et reçut pour cela 12,000 florins par an. Il yeut des opéras dont la mise ee scène coûta 100,000 florins.Aux fêtes du duc, on redoublait de luxe et de prodigalité. |Une foule de nobles étrangers y accouraient et était entre-tenue sur les fonds de la cour. Tout l’Olympe se réunissaitpour glorifier le grand potentat, les éléments et les saisonslui rendaient hommage en vers élégants. Chacune de ccsfêtes coûtait de 3 à 400,000 florins. » Les chasses étaientaussi brillantes et le duc s’y livrait avec une passion quin’avait d’égale que celle qu’il montrait pour construire des jmonuments. Une nuée de chasseurs et de piqueurs, sûrs de jl’impunité, s’abattaient sur le pauvre cultivateur et le pii*laient cruellement. Plus de mille chiens étaient à la chargedupaysan dont les cultures étaient dévastées ear le gibier qui,