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LA. SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
du spectacle. Toutes les danseuses étaient jolies et se van-taient d’avoir au moins une fois rendu le due heureux.Celui-ci traitait publiquement sa favorite, la Vénitienne Gar-della, comme une véritable princesse. Je reconnus bientôtqu’il mettait son ambition à faire parler de lui. Les subsi-des qu’il recevait du roi de France ne suffisant pas à sesprodigalités, il accabla son peuple de contributions et decorvées. Il se piquait surtout d’imiter le roi de Prusse qui semoquait de lui et l’appelait son singe. »
Le duc de Hesse, Louis XI, était tout aussi ridicule avecsa manie de passer sans cesse en revue son régiment de gre-nadiers, où il avait rassemblé des soldats de toutes les con-trées de l’Europe. Son fils Louis ne manqua pas, en 1790,de licencier cette ménagerie de bipèdes inutiles. Un autreprince allemand, le comte Guillaume de Bukebourg, vou-lant à son tour imiter le grand Frédéric, fît construire uneforteresse sur l’emplacement d’un ancien lac et y entretint àgrands frais des troupes même en pleine paix. Tous ces di-minutifs de souverain pouvaient bien imiter les manies etle travers du roi de Prusse, aucun d’eux n’était capable dele suivre dans ce qu’il faisait pour le bien de son État.
Frédéric, dans sa jeunesse, se laissa entraîner à des excèspar l’ardeur de son tempérament et sans doute aussi parceque la sévère surveillance de son père ajoutait du charmeà ses escapades. On prétend que la débauche l’avait si fortaffaibli qu’on ne put réaliser le projet formé par le princeEugène de lui faire épouser Marie-Thérèse. Après les dou-loureuses affaires de Custrin et de Ruppin, il consentit,pour se réconcilier avec son père, à se marier avec uneprincesse de Brunswick qu’il n’aimait pas, et s’établit auchâteau de Rheinsberg au milieu d’une petite cour desavants et d’artistes, menant avec eux joyeuse vie. Le baronde Bielefeld qui se trouvait parmi les hôtes de Rheinsbreg