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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA. SOCIÉTÉ ALLEMANDE AD DIX-HUITIEME SIECLE 329

en 1739, nous a laissé la description d’une orgie qui montrejusqu’à quel point le prince royal poussait la licence et lelaisser-aller. « Aussitôt que nous fûmes à table, le princese mit à porter des toasts amusants auxquels il fallait ré-pondre, puis il échangea avec son entourage une foule debons mots qui déridèrent les fronts les plus sérieux. Lagaieté devint générale et les dames y prirent part. Au boutde deux heures, nous sentîmes que la quantité de spiri-tueux que nous avions absorbée demandait à sortir, lanécessité l’emporta sur l’étiquette et, malgré la présence dela princesse, la plupart des convives allèrent prendre l’air.Je fus de ce nombre. En sortant je me sentais encore solideet la tète libre, mais quand je rentrai mes yeux commen-çaient à voir trouble. Un grand verre d’eau se trouvaitdevant moi; la princesse me fit l’espièglerie de verser l’eauet de remplir le verre de Sillery. Ce mélange du champagneavec les autres vins agit sur mon cerveau. Pour acheverma défaite, le prince me fît asseoir près de lui et, tout enme tenant d’aimables propos, il me fit boire coup sur coupplusieurs verres de Lunel. Le reste de la société avait suivimon exemple et se ressentait comme moi des flots deliquides qu’on nous avait versés. Une des dames étrangères,qui se trouvait dans une position intéressante, se vit mêmeobligée de gagner un moment sa chambre. Nous trouvâmescela héroïque. Enfin la princesse, par hasard ou volontai-rement, brisa un verre. Ce fut le signal qu’attendait notreimpatience. En un instant, verres, porcelaines, glaces, can-délabres tout vola en éclats. Au milieu de cette tempête, leprince royal, pareil au juste d’Horace, contemplait lesruines avec calme. Quand le tumulte fut à son comble,il se retira soutenu par ses pages. »

A peine monté sur le trône, Frédéric, se séparant de lareine, alla vivre seul à Sans-Souci avec dus gens d’espritfrançais, Voltaire, D’Argens, Maupertuis, La Mettrie; il re-nonça aux femmes si complètement qu’on en a calomnié

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