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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA. SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX HUITIÈME SIÈCLE 331

son avènement, il se fit un devoir de combattre l’ignoranceet les préjugés, d’éclairer les esprits, de polir les mœurs.Rien de plus louable que cette manière d’entendre le gou-vernement ; toutefois son engouement pour les Français etson mépris pour le caractère allemand l’entraînèrent troploin. Devenu vieux, il regrettait d’avoir introduit toutecette frivolité : « Je ne veux plus de Français, écrivait-il,ils sont trop débauchés. » A peine monté sur le trône, ilpromulgua en ces termes la liberté religieuse : « Les reli-gions doivent toutes être tolérées; la police doit veillerseulement à ce que l’une ne nuise pas à l’autre, car icichacun doit gagner le bonheur éternel à son gré. » Toutpartisan qu'il était de la tolérance, il n’abandonna jamaisson droit de vie et de mort sur ses sujets. La presse et laparole furent libres sous lui : « Raisonnez, disait-il, tantque vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez, maisobéissez et payez. *>

De nombreux témoignages contemporains nous font con-naître l’état de Berlin à cette époque. Voici ce qu’écrivaitLessing au célèbre éditeur Nicolaï, le 25 août 1769 : « Dansce Berlin francisé, la liberté se réduit à dire et à écrire contrela religion toutes les sottises que l’on veut. Mais que quel-qu’un s’avise de parler librement d’autre chose, de dire auxcourtisans la vérité, comme a fait Sonnenfels à la cour deVienne, de défendre les droits du peuple et d’élever la voixcontre le despotisme et les impôts, comme cela se voitmême en France et en Danemark, et vous verrez bientôtquel est le peuple le plus esclave de l’Europe. » Le poèteitalien Alfieri exprime le même avis et compare Berlin à unimmense corps de garde. Le touriste anglais Moore quivisita cette ville en 1775, conclut dans le même sens :« Rien, ait-il, ne me sembla plus étrange, à mon arrivée,que la franchise avec laquelle le peuple parlait des mesuresdu gouvernement et des actes du roi. Les affaires poli-tiques les plus délicmes se traitent ici avec autant de