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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

liberté que dans un café anglais. » De son côté, l’ambas-sadeur anglais, lord Malmesbury écrivait en 1772 : « Aucunendroit ne peut, au point de vue social, être pire que Ber-lin : c’est une ville dans laquelle, s’il est permis de rappelerhonnêtement la parole de l’auteur latin, on ne trouverait :ne c fortis vir, me femina casta, ni un homme de cœur, niune femme chaste. Dans les deux sexes et dans toutes lesconditions sociales dominent le manque absolu de mora-lité et un état effrayant de dissolution unie à la gêne.Celle-ci me paraît la conséquence naturelle de l’oppression,comme l’amour effréné des plaisirs a pris sa source dansl’exemple donné par le grand-père du roi actuel. Lesfemmes sont autant de harpies effrontées se vendant auplus offrant. Si vilain que soit ce tableau, je ne le crois en 1rien exagéré. Je suis arrivé ici sans prévention ni préjugéd’aucune sorte, et je me trouve en rapport habituel avectrop de personnes de toutes classes pour me tromper. Ceque je puis et dois dire pour l’excuse de ces pauvres gens,c’est que l’exemple donné par le roi du mépris de tout principede religion comme de toute morale, joint au succès constantde ses entreprises, et à la prépondérance dont il jouit enEurope, a troublé le jugement de ces hommes et leur a faitvoir le renversement de toute morale sous un jour trop fa-vorable. »

Quatre ans plus tard ce lord ajoutait dans une dépêche :

« En général, les Prussiens sont pauvres, orgueilleux, igno-rants et saus principes ; s’ils étaient riches, la noblesse nese dévouerait pas à servir dans des emplois subalternes. Ilsmettent tout leur orgueil dans la grandeur personnelle duroi, l’ignorance étouffe en eux toute idée de liberté et d’op-position, le manque de principes en fait des instruments jdociles qui ne se demandent jamais si ce qu’on leur com-mande est conforme à la justice. » Ce jugement est confirmépar une lettre de Georges Forster à Jacobi écrite en 1779 :

« Je m’étais bien trompé jusqu’à présent dans mes appré-