LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE 333
dations sur votre ville; l’extérieur est plus beau, mais l'in-térieur plus noir que je ne le pensais. Berlin est assurémentune des plus belles villes d’Europe, mais quels habitants IIls ont transformé les plus nobles jouissances en luxure, or-gie et voracité, la liberté de penser en une licence effrénée.Les femmes sont presque toutes perdues. J’ai vu avec regretles esprits les plus raisonnables, aveuglés par leur idolâtriepour le roi, vanter même ce qu’il a de faux, de mauvais etde bizarre. » Tout cela justifie la parole de Frédéric à la finde sa vie : « Je suis las de gouverner des esclaves ! » Lesdix dernières années de son règne furent assez tristes, etGœthe qui visita Berlin avec son duc, en 1778, écrivait delà à Merk : « Pendant quelques jours je regardais toutcomme les enfants ébahis devant une boîte à phénomènes,car tu sais que je vis dans la contemplation. La lumières’est faite en moi ; je me suis bien approché du vieux Fritz,j’ai vu sa manière d’agir, son or, son argent, ses marbres ,ses singes, ses perroquets et ses rideaux déchirés ; j’ai en-tendu sa propre canaille raisonner sur le grand homme. »
Revenons à la cour de Vienne sous Joseph II. Ce noblemonarque, plus encore que Frédéric, ne se regardait quecomme le premier serviteur du pays. Sa vie était touteconsacrée au devoir et il n’en réservait rien pour ses plai-sirs personnels. Il était rare qu’il assistât à une chasse; ilaurait craint de nuire à l’intérêt de ses sujets et d’y oublierses occupations sérieuses. Jamais il ne jouait. Dans unevisite qu’il fit à la cour de Versailles, on lui en demanda laraison : « Je ne joue pas, répondit-il, parce qu’un princeperd au jeu l’argent de ses sujets. » Il n’avait pas de maî-tresse. Après la mort de sa première femme, Isabelle deParme, ayant eu à se plaindre de sa seconde épouse Tosôphele Bavière, il chercha des consolations dans l’amitié dequelques nobles dames de sa cour et si ces relations prirent
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