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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
quelquefois un caractère plus tendre, elles ne s'écartèrentjamais de la bienséance. Il n’avait rien en lui du débauché;aussi faut-il regarder comme une fable son prétendu em-poisonnement par des courtisanes déguisées en villageoiseset occupées à faucher le jardin de Schœnbrunn. Il menait unevie simple et active, et laissait à Frédéric sa gourmandiseet ses propos cyniques. On ne lui servait jamais plus de sixplats et il buvait rarement du vin. Quand il ne portait pasl’uniforme de l’un de ses régiments, il était vêtu d’un habitmodeste, de couleur sombre. Les dépenses de la cour fu-rent ramenées de six millions à un demi-million de florins.
Joseph II aimait la musique, jouait du violon et avaituno grande estime pour Mozart. Son goût littéraire était sipeu développé qu’il préférait Blumaner à Wieland. Pours'être trop hâté d’accomplir ses réformes, il échoua dans satentative et justifia ce que Frédéric disait de lui, qu’il fai-sait toujours le second pas avant le premier. Mais ses in-tentions étaient pures, son enthousiasme pour l’instructionet le bonheur du peuple était sincère. Malgré son insuccèset ses déboires, il s’efforça de tirer l’Autriche de l’abaisse-ment où l’avait amenée l’influence espagnole et de lamettre au pas des progrès modernes. N’estimant que cequi en valait la peine, il dédaignait la fiction olympiennedu gouvernement par la grâce de Dieu. « N’est-il pas ridi-cule de croire, dit-il dans un de ses décrets, qu’une autoritépossédait le pays avant qu’il y eût des sujets? » Ce quidistingue Joseph II des autres princes de son temps, c’estqu’il fut Allemand avant tout et qu’il s’en fit gloire.
Une prodigalité effrénée envahit la cour de Vienne dèsl’avénement de Léopold II (1790-1792). Ce prince avait denombreuses maîtresses et les plaisirs hâtèrent sa fin. EnPrusse, Frédéric-Guillaume II, neveu du vieux Fritz, fidsuccéda en 1786 et remplaça son despotisme sévère, maiséclairé, par un gouvernement de sérail. N’ayant reçuqu’une éducation insuffisante, il prit facilement les vices (je?