LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE 335
officiers parmi lesquels il passa sa jeunesse. Devenu roi, iltomba dans les filets de fripons mystiques tels que Wœlln eret Bischoswerder qui s’emparèrent de lui et en firent leurjouet. Étant prince héritier, il avait épousé Élisabeth deBrunswick, mais les débauches de l’un et la légèreté del’autre brouillèrent leur union. Frédéric qui voulait, avantde mourir, assurer la succession au trône et qui croyaitqu'une femme légère n’a aucun sentiment d’honneur, fit,dit-on, proposer à la princesse de recevoir dans son inti-mité un lieutenant de la garde, Schmettau, dont la beautéet la vaillance avaient frappé le roi. Mais contre l’attente deFrédéric, Elisabeth se refusa à cet arrangement. Le princeépousa plus tard la princesse de Darmstad, dont il eut unfils en 1770. Son premier amour fut pour Wilhelmine Enckequ’il créa comtesse de Lichtenau et qui toute sa vie restala favorite souveraine, comblée d’honneurs et d’argent etse prêtant d’ailleurs aux caprices de son amant pour d’au-tres que pour elle. Ces caprices ne trouvaient parfois à sesatisfaire qu’à de certaines conditions. Julie de Voss etSophie de Doenhofï exigèrent, avant de se livrer, que leurunion fût officiellement consacrée. La reine consentit aupartage. Le consistoire n’avait garde d’élever la moindreobjection contre ces mariages morganatiques ; mais lanoblesse s’avilit à pourvoir ainsi le harem royal. D’ailleursles finances de l’État en souffraient ; on donna à la Dœnhoffune somme de 200,000 thalers, sa mère en eut 50,000, sasœur 20,000, son oncle 40,000.
Quelle humiliation pour la reine et le prince royal, forcésde paraître dans les salons de la favorite ! Le roi qui étaitallé prendre les eaux de Pyrmont en 1797, fut reçu triom-phalement è son retour par sa maîtresse qui lui donna unefête où, vêtue d’un costume grec, elle déclama de méchantsvers qu’elle avait faits elle-même. Le roi tout ému obligeason fils à baiser la main de cette étrange muse. Au milieude tous ces désordres. l’État penchait vers sa ruine et Fré-