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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA. SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE 341

bêtes domestiques ; elle laissait son chien favori se prome-ner sur la table et flairer les mets, en outre elle avait desécureuils qui se blottissaient constamment sur sa poitrine.Dans l’Allemagne du Sud, et surtout dans le Wurtemberg,le piétisme gagna rapidement les classes populaires. Le re-présentant le plus distingué de la doctrine fut l’excellentJean-Jacques Moser qui devait avoir un fils digne de lui etqui allia une vaste érudition à une prodigieuse féconditéd'auteur. Ses ouvrages sur le droit public ne forment pasmoins de cinquante gros volumes. La fermeté de son ca-ractère lui valut d’être nommé avocat consultant des Etatsde Wurtemberg qui soutenaient contre le duc Charles ungrave procès. Moser déploya tant de zèle dans la défensede leurs intérêts qu’il en fut puni par un emprisonnementde cinq ans dans la forteresse de Hohentwiel. C’est pendantcette captivité que son piétisme se développa et qu’il pritl’habitude de demander ses inspirations à la Bible, en l’ou-vrant chaque fois au hasard. Il y avait d’ailleurs un autreilluminé, le colonel Rieger, instrument docile, puis victimedes passions du duc Charles, qui nommé plus tard geôlierà Hohenasperg, tourmentait de son bigotisme les soldats etles prisonniers. D’ordinaire, les illuminés de la bourgeoisietrouvaient un asile chez les seigneurs du pays; c’est ainsique Jean Dippel, le voyageur, l’Ulysse persécuté du vieuxpiétisme, fut accueilli et mourut en 1734 au château deWittgenstein. Si l’on veut se faire une juste idée de cettesociété de dévots, il faut lire la peinture vivante qu’en atracée Gœthe dans ses Confessions d’une belle âme.

La transition qui fit passer les esprits de ce mysticismecrédule au scepticisme, fut opérée par Jean Chrétien Edel-fflann (1698-1767) de Weissenfels, que ses adversaires ontregardé comme un nouvel Érostrate, destructeur du templeet profanateur du tabernacle par ses écrits satiriques. Au