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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

fond, cet homme remarquable était un adepte des déisicsanglais et des philosophes français. Dans ses courses vaga-bondes, il s’arrêta quelque temps à Hernnhutt, chez Zinzenoù, de son propre aveu, il vécut comme un fou parmid’autres fous, puis il se rendit à l’invitation du chef sépara-tiste de Francfort, André Gross, et prit part avec lui à uneexcursion sur les bords du Mein. Hommes et femmes sebaignèrent pêle-mêle et tous nus dans le fleuve en chan-tant : « Louez le Seigneur, le puissant roi de la gloire ! # Ilse rendit ensuite à Berlebourg où, au milieu de séparatistesaccourus de toutes parts, Jean-Jacques Haug traduisait laBible imaginaire qui porte le nom de ce lieu. Edelmann ycommença à donner libre cours à son scepticisme. Afin deprouver aux piétisles qu’il les surpassait en abnégation etrenoncement auxjoiesdu monde, il se vêtit d’une mauvaisehouppelande et laissa croître sa barbe. C’est dans cet ac-coutrement qu’il se présenta en juin 1739 aux portes dePotsdam. La garde le prit pour un juif et le fît conduireau roi, sans doute par dérision. Mais Edelmann s'en tiraavec esprit. Quand il entra dans la chambre, Frédéric fu-mait sa pipe près d’une fenêtre, entouré de ses généraux, etle dialogue suivant s’établit entre le roi-soldat et l’apôtreséparatiste :

Le roi. — Approchez; d’où venez-vous?

Edelmann. — De Berlebourg, comté de Wittgenstein.

Le roi. — Pourquoi portez-vous la barbe ?

Edelmann. — Un chrétien doit-il rougir d’avoir la mêmefigure que son Sauveur !

Le roi. — Ah ! vous êtes sans doute un illuminé ?

Edelmann. — Non, sire, il me reste encore du chemin àfaire.

Le roi. — Fréquentez-vous l’église ?

Edelmann. — Je porte mon église avec moi.

Le roi. — Alors vous êtes un impie, un quaker ?

Edelmann. — Nous sommes fous pour l’amour du Christ.