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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
L’année suivante, Edelmann, de retour à Wetterau, fitparaître son principal ouvrage : Moïse à la face découverte, 'qui renferme tout ce qu’il y a de plus hostile aux saintesÉcritures et qui scandalise également les juifs et les chré-tiens. On le regarda dès lors comme un hérétique avéré,ce qui n’empêcha point Frédéric de lui permettre le séjour-de Berlin, sous prétexte qu’il était forcé de tolérer bien id’autres fous dans ses États.
Deux causes contribuèrent à remplacer dans l’opinionpublique le piétisme par une philosophie éclairée, l'indiffé-rence religieuse professée par la cour de Prusse et l’avéne-ment de la littérature nationale allemande. Cependant, bienque Frédéric ait eu beaucoup de part à ce mouvement, il jaimait trop la littérature française pour apprécier à leurvaleur des hommes tels que Lessing et Gœthe. Pour luiGœtz de Berlichingen n’est qu’une « imitation détestable desabominables pièces de Shakspeare. » Il est difficile, même Jaux plus grands esprits, d’effacer de leur mémoire les im-pressions de leur enfance. Or, Frédéric avait eu trop à souf-frir de la brutalité tudesque de son père, pour n’être pasdégoûté à tout jamais de ce qui avait un caractère exclusi-vement germanique. Aussi demeura-t-il indifférent aux pro-ductions de Klopstock et de Wieland et complètementétranger à l’activité glorieuse et émancipatrice de Lessing.Cela prouve chez lui un manque de patriotisme et mêmeune absence de sentiment du beau. Un roi allemand quiétait lui-même littérateur, eût dû être frappé à la vued’œuvres telles que Minna de Barnhelm et Nathan. Il auraitcompris qu’il y avait là quelque chose de plus noble quetout ce que la France avait jamais produit. Mais ses pré-tentions au titre de littérateur français le détournèrent denos grands auteurs nationaux. Un entretien qu’il eut avecle professeur Gellert en 1760 va nous en fournir la preuve.
Le major Quintus Ioilius, un des officiers de la maison duroi, ayant introduit le fameux fabuliste auprès de Frédéric,