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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE 345

celui-ci lui demanda : « Vous êtes le professeur Gellert? —Oui, sire. — L’ambassadeur anglais m’a dit de vous beau-coup de bien; d’où êtes-vous? — De Haynichen près deFreiberg. — Dites-moi pourquoi nous n’avons pas de bonlittérateur? — Sire, dit Quintus Icilius, vous en voyez un de-vant vous que les Français ont traduit et qu’ils appellent leLa Fontaine allemand. — C’est beaucoup dire. A-t-il lu seu-lement la Fontaine? — Oui, sire, dit Gellert, mais je nel’ai pas imité. A défaut de beauté, j’ai du moins pour moil’originalité. —En voilà donc un ; mais pourquoi n’y en a-t-il pas davantage ? — Votre Majesté a des préventionscontre les Allemands. — Mais pas du tout. — Je veux direcontre les auteurs allemands. — C’est vrai. Pourquoi n’a-vons-nous pas de bons historiens ? — Mais nous n’en man-quons pas; nous avons un Maskov, un Kramer qui continueBossuet. — Y a-t-il un Allemand capable de continuerBossuet? — Oui, sire, et c’est un des professeurs les plussavants de Votre Majesté.—L’a-t-il bien compris au moins?— C’est l’avis de tout le monde. — Pourquoi ne s’attaquet-on pas à Tacite ? on devrait le traduire. — L’entrepriseest difficile et nous avons de cet auteur de mauvaises tra-ductions françaises. — C’est vrai. — D’ailleurs, rien d’éton-nant que l’Allemagne soit en retard pour sa littérature. Lessciences et les arts florissaienl en Grèce que les Romainsen étaient encore à se battre. Nous en sommes peut-êtrenous-mêmes à l'époque guerrière. Que nous manque-t-il?Des Auguste, des Louis XIV. — Mais il y a eu déjà deuxAuguste, rien qu’en Saxe. — Aussi la Saxe a-t-elle biencommencé. — Il ne saurait y avoir un Auguste pour toute1 Allemagne. — Ce n’est pas ce que je demande : quechaque souverain protège seulement les talents de sesEtats. — N’avez-vous jamais quitté la Saxe ? — Je suisvenu une seule fois à Berlin. — Vous devriez voyager. —

D me manque pour cela la santé et l’argent. — Les temps8 ont durs en effet. — Que Votre Majesté n’accorde-t-elle la

-«ai

vas?