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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
paix à l’Allemagne ? — Le puis-je seulement ? Ils sont trois icontre moi. — Je connais mieux l’histoire ancienne que la Imoderne. — Quelle est votre opinion sur l’épopée ? Lequelpréférez-vous d’Homère ou de Virgile? — Homère me sem-ble supérieur, parce qu’il est l’original. — Oui, mais Virgileest plus poli. — Nous sommes trop loin d’Homère pourbien juger des mœurs et du langage de son époque. Je m’enrapporte là-dessus à Quintilien qui donne la préférence à iHomère. — Il ne faut pas être esclave des jugements desanciens. — Je ne le suis pas, etc.
Après quelques autres propos, Frédéric congédia Gellert jen disant : «C’est un autre homme que Gottsched.» Le len- jdemain à table il ajouta : « C’est le plus raisonnable de |tous les savants allemands. » Cependant malgré l’estime quelui accordait le roi et la considération universelle dont iljouissait, Gellert ne put réveiller le goût de la poésie dansles âmes ; c’est une gloire qui était réservée à Wieland.
Dans l’Allemagne du Sud, le mouvement intellectuel seprononça avec plus d’ardeur et prit même un caractèrerévolutionnaire. Il fut surtout représenté par Daniel Schu-bart, sorte d’aventurier littéraire et de grand musicien, quin’arriva à une existence tranquille qu’après de nombreusesaventures et dix ans de prison, qui vécut toujours commeson siècle, dans les extrêmes, et ne sut jamais concilier sessentiments tour à tour mystiques et libéraux avec les loisde la société. Organiste et professeur de musique à Ludwis-bourg (1769-1773), il s’abandonna à la licence des mœurs,eut des maîtresses dont une lui laissa des souvenirs cuisantset se fit bannir de la cour plus encore pour son immoralitéque pour ses satires. Après avoir erré dans les provincesrhénanes, il vint fonder à Augsbourg un journal célèbre,la Chronique allemande, dont tous les articles prêchaient 1 é-mancipation. Schubart, dans sa biographie, nous initie aux