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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIETE ALLEMANDE AU DIX-HUITIÈME SIECLE 847

difficultés de son métier de journaliste : « Il n’y a pas deprofession, dit-il, qui pour un homme tel que moi pût êtreplus dangereuse, à une époque où le sentiment libéral avaitcontre lui les princes et les prêtres; flatter les princes mêmeméchants, emboucher la trompette pour célébrer leursfêtes, leurs chasses, leurs paroles, jusqu’à leurs moindresgestes, s’incliner devant tous les chiens de cour, ne jamaisfroisser l’esprit de parti de la localité, donner de quoi rireaux cafés et de quoi raisonner au peuple, ce sont là desoccupations pour lesquelles je ne me sentais ni goût ni pa-tience et je les choquais mille fois par jour. » Les premièrespages de sa chronique se terminaient par ces mots : « Etmaintenant, je m’écrierai comme l’Allemand qui, en quittantl'Angleterre, jetait en l’air son chapeau; « ô Angleterre, rienque ce chapeau plein de tes libertés ! » Ces paroles exci-tèrent la bile du bourgmestre Kuhn qui les combattit de-vant le Sénat : « Il s’est introduit parmi nous, dit-il, unvagabond qui réclame un plein chapeau de libertés an-glaises pour sa maudite feuille; ne lui en accordons pasmême une coquille de noix. »

Schubart organisa à Augsbourg des cours de littératurequi eurent une heureuse influence sur le goût public. Iliivoue qu’il se contentait d’abord de lire les ouvrages lesplus nouveaux de Gœthe, de Lenz, de Leisewitz, et les poè-tes de l’almanach des Muses en y ajoutant quelques re-marques. Puis voyant qu’on y prenait goût, il aborda laMmsiade, afin de s’assurer si le lyrisme des anciens pou-vait se transplanter sur le sol allemand: « Le succès, ajoute-bil, fut plus grand que je n’avais osé l’espérer. A chaquenouveau chant, mon auditoire augmentait. La Messiade fut®levée par milliers; on entourait ma chaire avec un re-cueillement solennel, la fibre humaine se mit à vibrer etje reconnus avec joie que l’âme allemande est sympathiqueà la beauté quand on sait la guider vers elle. »

En regard de ce tableau charmant, il faut, pour être vrai,