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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA. SOCIÉTÉ ET LES MŒUÏtS ALLEMANDES

■expressive ec sérieuse de l’enfant, offrit à la mère de luiaccorder la grâce qu’elle lui demanderait. Mais la femmedu peuple répondit qu’elle n’en demandait qu’à Dieu seul,ne voulant pas sans doute recevoir de faveur d’une souve-raine qui persécutait les luthériens pour leur religion.Fessier étant entré comme novice dans un couvent de ca-pucins, y perdit la foi au dogme du salut exclusif. Il nousavoue lui-même qu'en célébrant sa première messe, il étaitsans conviction religieuse dans l’esprit et sans foi dans lecœur. Une telle disposition le rendait peu propre à resterdans un couvent. Aussi ne faut-il pas s’étonner des persé-cutions qu’il a subies et dont il nous donne un spécimenpar le récit suivant:

« Dans la nuit du 23 au 24 février 1783, je fus réveillépar un frère lai qui me dit : Prenez votre crucifix etsuivez-moi. — Où ? lui demandai-je effrayé. — Là où jevous conduirai. Le gardien vous ordonne de me suivre envertu de la sainte obéissance. — Dès lors toute résistancedevenait inutile, tout refus entêté criminel; je pris moncrucifix et suivis en frissonnant le frère qui marchait de-vant moi avec une lanterne sourde. Nous traversâmes lacuisine et plusieurs chambres: en ouvrant la dernière, lefrère me cria: Descendez sept marches. — J’avais le cœurserré ; il me semblait que je ne devais plus revoir la lu-mière du jour. Cependant nous suivions un long et étroitcorridor percé de distance en distance de portes ferméesavec des espagnolettes et au milieu duquel s’élevait unautel. Le frère ouvrit une des portes et me dit : Voici unmourant, le frère Nicodème, que vous assisterez; quand ilsera mort, vous m’appellerez. — Je vis étendu sur unepaillasse un vieillard dont un capuchon couvrait la têteblanche et dont la barbe tombait jusqu’à la ceinture. A côtédu lit se trouvaient une chaise de paille et une vieille tablesur laquelle brûlait une lampe. J’adressai quelques motsau mourant qui avait perdu l’usage de la parole, mais qui