LA SOCIETE ALLEMANDE AU DIX HUITIÈME SIÈCLE 351
me fît signe qu’il me comprenait. Vers trois heures, aprèsune agonie de quinze minutes, il cessa de souffrir et devivre. Jetant un regard sur cet horrible séjour, je jurai surma tète que je dénoncerais le fait à l’empereur. Puis je fissigne au frère de venir et lui dis avec calme: Frère Nico-dème est parti. — Il doit être content d'être là-haut, merépondit-il froidement. — Depuis combien de temps était-il ici?— Depuis cinquante-deux ans. — Il a eu le tempsd’expier ses fautes. Avez-vous ici d’autres reclus? — Ouij’en sers quatre, deux prêtres et deux laïques. — Depuiscombien de temps y sont-ils? — L’un depuis cinquante,l’autre depuis quarante, le troisième depuis quinze, le qua-trième depuis neuf ans. — Et pourquoi? — Je l’ignore. »
Sur la dénonciation de Fessier, l’empereur ordonna uneenquête qui révéla des abus révoltants. Ainsi l’un des re-clus gémissait depuis quarante-deux dans son cachot pouravoir donné un soufflet au gardien j un autre avait en unan reçu six cents coups de fouet pour avoir lu les ouvragesde nos auteurs modernes. Joseph II nomma Fessier profes-seur de théologie au séminaire de Lemberg, mais lestracasseries des jésuites et autres moines lui rendirentbientôt cette position insupportable. Le conseiller aulique,comte Kahberg, avait dit à son arrivée : « Cet homme estde trop basse extraction pour avoir appris grand’chose. »Fessier ayant embrassé le protestantisme, se rendit àBerlin, puis en Russie où, après maint contre-temps, iL futhonorablement placé dans l’administration de l’Église lu-thérienne. Lors de son passage en Prusse, il s’était efforcéde purger les loges de la franc-maçonnerie de l’idolâtriedes grades et des mystères. Ceci nous ramène aux sociétéssecrètes, sur lesquelles nous arrêterons un instant nos re-gards.
Nulle époque ne fut plus favorable aux associations mys-térieuses vers lesquelles on se rejetait en haine des intriguespolitiques qui avaient détruit tout sentiment de liberté in-