LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AD DIX-IIUITIÈME SIECLE 353
Zurich, l'illustre Lavater, croyait en la puissance miracu-leuse de Cagliostro: « Qui le dépasserait, disait-il, s’ilmettait ses sentiments d’accord avec l’Évangile ? » Il alla levisiter à Strasbourg, en 1781. Cagliostro l’accueillit assezfroidement : « Si de nous deux, vous êtes celui qui en saitle plus, vous n’avez pas besoin de moi ; et si c’est moi, jen’ai pas besoin de vous. » Ce n’est pas d'ailleurs la seulemystification grossière à. laquelle ait cm le savant physio-nomiste de Zurich. Tout ce charlatanisme cabalistique etthéosophique se maintint en Allemagne jusqu’en plein dix-neuvièine siècle, où un professeur d’Helmstaedt, Beiries,prétendit tenir'en dépôt un diamant de l’empereur de laChine de 6400 carats. Il s’était glissé en même temps dansla franc-maçonnerie et y avait créé une doctrine secrète quirattacha.’i l'ordre à Moïse et ù Zoroastre, dont les enseigne-ments se seraient transmis à travers le moyen âge par lesTempliers et les Rose-croix. D’après cette doctrine, l’ordreserait en possession de la pierre philosophale qui transmueles métaux en de l’élixir de longue vie. Peut-on s’étonnerque les classes supérieures, dans le désir d’entrer sanseffort en possession de ces talismans, se soient affiliées à lafranc-maçonnerie qui, depuis l’abolition des jésuites parGanganelli, en 1773, était la seule association puissante?
C’estalors que l’on imagina, pour éblouir les gens simples,le système de la stricte observance, les degrés hiérarchi-ques, les ordres, les symboles, les serments et cérémoniesfantastiques. Les maçons de la stricte observance juraientune obéissance aveugle à leur chef inconnu, le Chevalier àla plume rouge. La plupart de ces chefs n’étaient, dit-on,que des jésuites qui exploitaient la passion des person-nages allemands pour les mystères. On cite parmi eux Stark,prédicateur à la cour de Darmstadt, le baron von Hundt,«1 un nommé Becker, connu dans les loges sous le nom deJohnson. Ce dernier prétendit avoir été chargé pai les su-périeurs d’Old-Aberdeen, en Écosse, de réformer l’ordre
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