LA SOCIÉTÉ ALLEMANDE AD DIX-HUITIÈME SIÈCLE 357
et l’avait si habilement enserré dans ses filets qu’il lui ins-pirait les plus grandes terreurs en évoquant devant lui lesfantômes. La comtesse de Lichtenau raconte qu'à la suitede l’une de ces séances de spiritisme où l’on fit voir au roiMarc-Aurèle, Leibnitz et le grand électeur, il fut pris d’unefrayeur telle qu’il en fallit mourir.
Détournons les yeux de ce s jongleries et reportons nosregards sur un spectacle plus consolant. Nous verrons legrand penseur de Kœnigsberg, Kant qui renouvela de fonden comble les données et la méthode de la métaphysique;dans les vallées de la Suisse, Pestalozzi entouré d’une foulede pauvres enfants, distribue avec une mansuétude célesteune vivifiante instruction aux classes jusque là méprisées ;Weckherlin, l’auteur trop oublié du Monstre gris, cingle deson fouet satirique la noblesse et le clergé; Rebman, Moseret bien d’autres travaillent avec ardeur à la propagationdes idées libérales. Pendant ce temps le jeune Goethe voyagesur le Rhin (1774) en compagnie de Lavater et de Basedow.Quel joli tableau l’on pourrait faire de ces trois hommesassis ensemble à la table d’hôte de Coblentz, Gœthe quiembrasse la nature entière dans les riches contours de sapoésie et jouit en toute sincérité des biens que lui offre lavie; Lavater, pur visionnaire qui a pour devise ou chrétien ouathée et qui débite ses rêveries apocalyptiques à un facteurde campagne; Basedow qui se fatigue à-prouver à unmaître de danse orthodoxe que le baptême est un usagesuranné.
Le nom de Gœthe n’indique pas seulement une ère nou-velle en littérature, il marque aussi le commencement d’unétat social et le renversement des barrières du pédantisme.Une lettre de Wieland à Jacobi du 10 novembre 1775 si-gnala sa glorieuse apparition : « Jeudi, 7 de ce mois, Gœthees t arrivé à Weimar où il s’est rendu à l'invitation du duc