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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
Charles-Auguste. Cher frère, que te dirai-je? Tout l’hommeà première vue s’est emparé de mon cœur. Que j’ai été éprisde ce bel adolescent quand on m’a placé près de lui àtable I depuis ce matin mon âme est aussi enivrée de Gœtheque la goutte de rosée l’est du soleil levant. » Le jeune duc,prince libéral, lit de Gœthe son ami intime et s’associa degrand cœur aux nobles aspirations du poète. Pendant lesannées 1775-1776 Weimar fut une véritable hôtellerie degénies animés d’une joyeuse gaîté, s’ébattant librementsousl’œil de la bonne et spirituelle Amalia qui lisait Aristo-phane avec Wieland. Celui-ci qui aime Gœthe à le manger,selon son expression, nous rend bien la verve débordanteet la folle expansion à laquelle on se livrait. La poésie em-pruntait de préférence le langage du bon vieux vers bur-lesque et la prose avait des allures drôlatiques et ua peudébraillées. Ainsi à une lettre de Wieland à Meerck du 5 jan-vier 1770, Gœthe ajoutait en post-scriptum : « J’ai envie deme vautrer d'aise comme un cochon en te voyant danscette joyeuse humeur : je fais ici toute espèce de folies;nous menons une vie de diables ; tu apprendras probable-ment sous peu de temps que je sais aussi dramatiser quel-que chose sur le théâtre du monde et que je ne me tire pasmal de mes farces tragi-comiques. » Les lettres d’amoursubirent de même une transformation complète. Au lieu dece style langoureux dans lequel les Daphnis et les Myrtilleécrivaient aux Chloé et aux Thisbée, on eut la passionvraie qui en quelques paroles vibrantes exprime le feu dessentiments : « Chère femme, écrit Gœthe en janvier 1776à Charlotte de Stein, souffre que je t’aime. Si je pensaisaimer quelqu’un plus que toi, je te le dirais. Je ne veuxpas te voir tourmentée. Adieu, trésor! tu ne sais pas com-bien je t’aime. »
On menait joyeuse vie â la cour de Weimar; la chasse,les festins, le vaudeville et la comédie réunissaient la so-ciété tantôt à la villa d’Ettersbourg, tantôt au village de
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