LA SOCIETE ALLEMANDE AD DIX-HUITIÈME SIÈCLE 359
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Slützerbach et l’on rentrait à Weimar ayant fait à son cos-tume maint accroc qui grossissait les comptes du trésorierducal chargé de fournir tous ces génies de vestes, de baset de pantalons. Il y avait même des échanges fréquents, etchacun s’emparait de l’objet qui lui plaisait au point queGœthe dut souvent réclamer un mouchoir à la femme dutrésorier ou à la garde-robe ducale. Les frères Stolberg yfurent reçus avec bienveillance malgré leur teutonisme exa-géré, eux que les paysans de Zurich avaient failli lapideren les voyant sortir nus comme Adam d’un bain pris dansla Sihl. Les amis que Gœthe s’était faits à Strasbourg vin-rent aussi, attirés par le tourbillon de Weimar. Le folâtreLentz annonçait son arrivée en ces termes : « La grue es-tropiée arrive et cherche à poser son pied. » Klinger, cestoïcien enthousiaste comme Rousseau, vint y lire ses poé-sies. Un jour, après une lecture qu’il avait faite chez Gœthe,celui-ci s’enfuit en s’écriant : « Quel diable de galimatiasas tu encore écrit! on ne peut y tenir. » Klinger sans se dé-concerter plia son manuscrit et se contenta de marmotterentre ses dents : « C’est singulier, voilà la seconde foisqu’on me dit la môme chose. »
Bientôt arrivèrent les charlatans et les chevaliers d’in-dustrie, entre autres Kaufmann de Winterthur, médecinde la communauté de Herrnhut, qui singeait Cagliostro etau-dessus de la porte duquel Gœthe écrivit l’épigrammesuivante : « En ma qualité de limier de Dieu, j’ai toujours>aené une vie errante ; tout ce qu’il y avait en moi de divina fant disparu, il ne reste plus que le chien. »désormais le nom de la petite ville qui réunissait Wie-land, Gœthe, Herder et Schiller est indissolublement lié à'a période brillante de la littérature allemande, ainsi quece luidu duc Charles, dont l’affection pour Gœthe ne fait pas®oins d’honneur à l’Allemagne que l’amitié de Gœthe etdo Schiller qui, comme le dit Humboïdt, ont donné untemple qu’on n’avait pas vu jusque-là.