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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
nité comme la sienne propre et, à cet effet, il compose vers 'la fin de sa carrière le drame de Nathan le sage (1779) qui jouvre à notre regard la consolante perspective du développe- jment de l’humanité dans l’avenir. Cette œuvre montre bien jl’antithèse qui existe entre Klopstoek et Lessing : la Messiade \avait pour but de sauver l’autorité religieuse par la poésie, :Nathan proclame l’avènement de la légitimité de la raisonhumaine ; le premier de ces poèmes termine la période de 1la théologie, le second ouvre l’ère de la liberté et portedans ses lianes toute notre littérature classique.
La révolution que Lessing a commencée dans l’esthétique,Emmanuel Kant de Konigsberg (1724-1804) va la porterdans la philosophie. Par son principal ouvrage, la Critique ■de la raison pure (1781), il remonte aux sources de la raisonet place pour ainsi dire l’homme au centre du monde. Lemoi ou la personnalité humaine est le miroir dans lequell’homme voit ce qui existe et se connaît lui-même commeêtre doué de pensée et de sentiment. Dès lors, il est évidentqu’il ne peut s’élever au-dessus de lui-même et que toutes |ses prétendues connaissances en fait de surnaturel, ne sont jque des rêves de son imagination, des légendes transmises jd’âge en âge, mais qui ne répondent à aucune réalité. Dans ises écrits postérieurs, la Critique de la raison pratique (1785), jla Critique du jugement (1787), Kant démontrait Dieu et l’im- 'mortalité, niés par la raison pure, comme un postulatumde la raison pratique, et prouvait que, sans cette hypothèse,il serait impossible d’expliquer le monde. Cette philosophieest la base solide sur laquelle repose l’émancipation del’esprit allemand. Dépouillée de ses formes abstraites pardes disciples tels que Reinhold, elle a pénétré dans les in-telligences et leur a imprimé une force véritable.
Il fallait l’impulsion de ce génie supérieur pour enrayerle mouvement fiévreux qui agitait l’Allemagne pendant les